15 - Place Charmoy
 


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  • Elevage du ver à soie - La sériciculture en France
  • François Bernard Charmoy




XIXeme SIECLE


De 1423 à 1860, la sériciculture a été une activité importante dans la vallée de la Drôme, le climat méditerranéen, la minutie des agriculteurs, permettent d'importantes productions; puis diverses maladies, le développement du transport maritime depuis la Chine, la concurrence de nouvelles fibres et la suppression des aides financières amènent la fin du travail de la soie en 1968.

Sur cette place, une grande maison à plusieurs étages, rappelle le rôle de la culture des mûriers dans la vallée de la Drôme, c'est une magnanerie pour « l'éducation des vers à soie ». A la fin du XIXeme siècle, ce bâtiment servit de presbytère protestant, depuis cette époque aussi, une fontaine apporte l'eau potable au quartier.

La place Charmoy honore ce conseiller d'état de l'empereur de Russie Alexandre 1° professeur de persan et de turc à Saint Petersbourg de 1817 à 1836, correspondant des sociétés asiatiques de Paris et Londres. François Bernard Charmoy a joué un grand rôle auprès du tsar pour l'influence culturelle de la Russie sur le Proche Orient, il est décédé à Aouste en 1868.





 

            

                                            Magnanerie                                                                        Fileuse de vers à soie

 




 


Elevage du ver à soie


 



La sériciculture est l'élevage du ver à soie qui est lui-même la chenille d'un papillon, le Bombyx mori. Elle consiste en l'ensemble des opérations de culture du mûrier, d'élevage du ver à soie pour l'obtention du cocon, de dévidage du cocon, et de filature de la soie. L'élevage s'effectue à partir des œufs du papillon appelés selon l'usage « graines ».
Dans le sud de la France, la maison dans laquelle on pratique l'élevage des vers à soie est appelée magnanerie, du nom de « magnan » donné au ver.
Jusqu'en 1860, la sériciculture était répandue en France, en Italie, et dans le bassin méditerranéen, mais des épizooties ont décimé les populations de vers à soie et aujourd'hui plus de la moitié de la production de cocon est réalisée en Asie (Chine, Inde).

Les origines


L’origine de l’élevage du ver à soie appartient en partie à la légende. Celle-ci raconte que c’est la princesse chinoise Si-Ling-Chi qui, il y a 26 siècles, faisant tomber un cocon de papillon dans sa tasse de thé, découvre le principe du dévidage de la soie.
L’Empire de Chine va conserver durant plus de deux millénaires[réf. nécessaire] l’exclusivité de la fabrication de la soie. Son commerce s’étend, plus de deux siècles av. J.-C., jusqu’à la Grèce. Finalement le Japon, puis l’Inde, réussissent à découvrir le secret de la fabrication de la soie et deviennent d’importants producteurs. Les Romains nommaient Sericum la région située au-delà du Gange. Des découvertes archéologiques montrent la présence du mûrier pour l'élevage du ver à soie dans la culture de Yangshao (Néolithique moyen chinois (4500 à 3000 av. J.-C.)1.
Ce n’est qu’au cours du VIe siècle apr. J.-C. que la technique de fabrication arrive dans le Bassin méditerranéen, l’Empire Byzantin la conservant d’abord jalousement. Procope de Césarée (v. 500-560) décrit la façon dont l’empereur Justinien (483-565) réussit l’élevage. La conquête musulmane de la péninsule ibérique et de la Sicile diffuse ces techniques plus largement. Sous l’impulsion de Roger Ier de Sicile (v. 1034-1101) et de son fils Roger II (1093-1154), le ver à soie et le mûrier furent introduits dans l'ancien Péloponnèse qui a pris ensuite le nom de Morée en raison de l'importance de la culture du mûrier. L'industrie de la production de la soie s'installe en Sicile qui devient un centre producteur. La diffusion continue tant en Espagne, autour de Grenade, Tolède ou Séville qu’en Italie autour de Venise, Florence ou Milan.



 


 

La sériciculture en France


Historique

 

Mûrier blanc




La venue des papes à Avignon au début du XIVe siècle introduit la culture du mûrier dans la région.
Louis XI (1423-1483) invite des artisans italiens et grecs à s’installer à Tours, ville qui compte 8 000 métiers à tisser en 1546 et qui devient ainsi un centre séricicole plus important que Lyon, Montpellier ou Paris. D'autres mesures seront prises par la royauté, notamment par François Ier qui signera en 1544 une ordonnance encourageant la culture du mûrier.
Mais c'est surtout Henri IV qui donne une forte impulsion à la sériciculture grâce aux travaux de son illustre conseiller, l'agronome Olivier de Serres, dans le futur département de l'Ardèche. Des mûriers sont plantés jusque dans le jardin des Tuileries. François Traucat fait planter plus de quatre millions de mûriers en Provence et en Languedoc. Sous Louis XIV, Colbert chargea un certain Isnard de faire publier des mémoires sur la culture du mûrier et l'élevage du ver à soie.
Il fallut le terrible hiver de 1709 qui gela les châtaigniers des Cévennes ainsi que les oliviers dans tout le midi, pour obliger les agriculteurs à s'orienter vers une nouvelle ressource, la sériciculture. Le mûrier se développe dans les Cévennes et dans une moindre mesure en Provence. Michel Darluc parle de champs de mûriers bordant les champs de blé dans la Crau irriguée.
De 1760 à 1780 la production de cocons s'élève à environ 7 000 tonnes par an. Le développement s'accentue pour atteindre en 1853 la production record de 26 000 tonnes. Malheureusement cette progression se fait au détriment des exigences sanitaires. Comme dans bon nombre de cas, cette intensification de la production s'accompagne d'une multiplication des maladies touchant les vers à soie. La production de cocons tomba en 1856 à 7 500 tonnes de cocons. M. Jeanjean, secrétaire du comice agricole du Vigan (Gard), pouvait écrire : « Les plantations de mûriers sont entièrement délaissées ; l'arbre d'or n'enrichit plus le pays ». En fait ces maladies apparurent dès 1849, mais la propagation avait pu être freinée par l'importation de graines espagnoles et surtout italiennes. En 1855 l'Italie ayant été également touchée, les graines importées étaient contaminées d'où la récolte catastrophique de 1856.
Des importations de graines sont alors effectuées à partir du Japon et de la Chine. Mais les mauvaises conditions de stockage dans les entrepôts à Yokohama ou à Shanghaï ainsi que la durée du transport compromettent la qualité des graines. Des importations sont également faites de Géorgie et du Caucase. Pour maintenir l'activité des industries de filage, des cocons sont également importés du Japon.
À la suite de nombreuses interventions, le Ministre de l'Agriculture Béhic confia l'étude de ces maladies à Louis Pasteur. Ce dernier hésite à accepter cette mission car, selon ses propres termes, il n'avait jamais touché à un ver de soie. Pasteur finit par accepter et se rend le 6 juin 1865 à Alès. Il étudie en particulier, dans les Cévennes (Gard et Ardèche), deux maladies : la pébrine et la flacherie. Après 5 ans de travaux, il propose une méthode de prophylaxie et publie en 1870 un livre intitulé Étude sur la maladie des vers à soie, qu'il dédicace à sa majesté l'Impératrice qui lui avait dit que « la science n'a jamais plus de grandeur que dans les efforts qu'elle fait pour étendre le cercle de ses applications bienfaisantes ». Ces maladies avaient également été étudiées par de Quatrefages, Béchamp et Balbiani, mais la postérité ne retiendra que le nom de Pasteur.
Grâce à ces travaux recommandant une utilisation de graines saines, le développement de la pébrine est enrayé mais la production ne progresse pas et se stabilise entre 8 000 et 10 000 tonnes de cocons. En effet, d'autres facteurs entrèrent en ligne de compte : résistance de la flacherie, ouverture du canal de Suez d'où une concurrence étrangère plus forte, développement dans le midi de cultures plus rémunératrices (fruits et légumes dans les plaines et vignes sur les coteaux) et apparition des fibres synthétiques.
En 1891, la sériciculture est à l'origine d'un événement pittoresque et festif. L'élevage du ver à soie utilisait des feuilles de papier perforé de petits trous ronds. Monsieur Lué, administrateur du Casino de Paris, se procura des chutes de ces feuilles de papier. Elles furent utilisées, comme projectiles, dans un bal masqué donné à l'occasion du Carnaval de Paris. Ainsi fut lancée la vogue mondiale du confetti en papier, prodigieuse à ses débuts et que nous connaissons toujours aujourd'hui.
Après le bouleversement de la guerre de 1914-1918, la production se stabilise entre 3 000 et 4 000 tonnes de cocons, puis à compter de 1924 continue à décroître jusqu'à 500 tonnes à la Libération. Pendant la seconde guerre mondiale, un bref renouveau s'est manifesté pour la fabrication des parachutes. Une affiche éditée par le Ministère de l'Agriculture demandait aux paysans français d'élever des vers à soie avec pour slogan : « Des parachutes français tissés avec de la soie française ». Malgré cela la production continua à baisser pour ne devenir qu'anecdotique.


 

Élevage du ver à soie à Lagorce, dans les Cévennes ardéchoises.



Conditions techniques de l'élevage


Élever quelques chenilles de Bombyx pour obtenir des cocons est chose facile, mais il n'en est pas de même pour l'élevage d'un grand nombre de vers à soie. Dans ce dernier cas, il faut respecter des conditions d'hygiène rigoureuses pour prévenir les diverses maladies. Avant de filer son cocon pour se transformer ensuite en chrysalide, le ver à soie subit quatre mues. L'espace de temps compris entre ces mues successives a reçu le nom d'âge. Le ver à soie doit donc passer par cinq âges successifs.


La graine : incubation et éclosion






La première condition qu'exige l'éducation du ver à soie est le choix de la graine. On doit rechercher une couleur gris cendré. La fabrication de la graine étant une opération délicate, des établissements spécialisés avaient été agréés conformément à la loi du 7 mars 1944 afin de produire des souches saines.




La mise en incubation doit être effectuée à la mi-avril, époque à laquelle les bourgeons de mûriers commencent à s'épanouir. Les conditions d'une bonne incubation sont :

  • une chaleur douce s'élevant régulièrement de 1 à 2 degrés par jour jusqu'à 23° C et sans jamais redescendre ;
  • de l'air pur et sans cesse renouvelé, indispensable à la respiration très active des œufs à ce moment ;
  • une légère humidité pour éviter le dessèchement de la graine.

Pour réaliser cette incubation, les graines étaient autrefois placées dans des sachets ou nouets qui étaient portés par les femmes sous leur vêtement ou déposés dans une pièce chauffée telle que celle où se trouve le four du boulanger. Il est évident que les conditions précédentes étaient mal respectées. La meilleure solution est de recourir à une couveuse ou incubateur dont le type classique en France est le castellet des Cévennes.
La durée de l'incubation est en général d'une quinzaine de jours ; l'approche de l'éclosion est annoncée par un changement de coloration de l'œuf qui devient blanchâtre. L'éclosion dure 3 à 4 jours. Pour enlever les jeunes vers éclos, on place sur les œufs un morceau de tulle sur lequel on dispose des feuilles de mûriers coupées en fines lanières. Les jeunes larves passent à travers la toile pour manger les feuilles qui, une fois garnies de vers, sont placées sur des claies.



 




Égalisation et espacements des vers


Pour faciliter la conduite de l'élevage, il importe que les vers évoluent de la même façon c'est-à-dire qu'ils muent et fassent leur cocon en même temps. Il faut donc que les derniers nés évoluent un peu plus vite pour combler leur retard : pour cela ils seront mis aux endroits les plus chauds de la magnanerie.
L'espacement des vers est un facteur qui influe énormément sur l'état sanitaire et donc sur le rendement. Il faut compter pour les chenilles du 5e âge, environ 2 m2 de claies pour 1 gramme de graines.

Délitage


Il faut débarrasser les vers de leurs déjections et des feuilles souillées, cela sans les toucher de crainte de les meurtrir. Cette opération appelée délitage s'effectue, après chaque mue, par les vers eux-mêmes au moyen de feuilles de papier trouées ou de filets à maille plus ou moins serrée selon leur grosseur et que l'on dispose au-dessus des chenilles. Les vers passent au travers des mailles pour venir chercher des feuilles fraîches qu'on leur a distribuées au-dessus. Le délitage terminé, la vieille litière doit être enlevée avec précaution pour ne pas disséminer les poussières contenant de nombreux germes.

Alimentation

 

Cueillette des feuilles de mûrier



Il faut donner à manger aux vers peu à la fois et souvent, soit 4 fois par jour. Les repas doivent être donnés à heures régulières. Les vers mangent avec plus d'avidité et profitent mieux de la nourriture qui doit être répandue uniformément. Pour 25 à 30 g de graines on estime qu'il faut distribuer, pendant les 32 jours que dure en moyenne l'élevage, environ 1300 kg de feuilles à répartir de la façon suivante :

 

Quantité de feuilles nécessaires
 



Encabanage


Vers le 8e jour après la 4e mue, l'appétit des vers diminue et on les voit se déplacer rapidement, leur corps devient jaune ambré. On dit que le ver est mûr. L'éleveur dispose des rameaux de bruyère en formant une sorte de galerie ou cabane de 50 cm de large et d'une profondeur égale à la largeur de la claie. La chenille monte dans ces branchages pour procéder à la formation de son cocon. Le maintien de la température est nécessaire pour que le ver puisse d'abord faire son cocon puis se transformer en chrysalide. Il arrive que deux vers s'unissent pour faire un même cocon : il y a alors formation d'un cocon double contenant deux chrysalides. À la place des bruyères, on peut utiliser des hérissons plastiques.

Conditions physiques de l'élevage

Aération

Le renouvellement de l'air dans lequel vivent les vers joue un rôle capital souvent négligé dans le passé. Dans les locaux d'élevage l'air est rapidement vicié par la respiration des vers et se trouve de plus pollué par la fermentation des litières. Un renouvellement fréquent de l'air est une nécessité absolue. Une ventilation énergique est plus particulièrement indispensable quand le temps est orageux et que l'air reste stagnant dans la magnanerie.

Température

La pratique a montré que la température la plus favorable se situe entre 22 et 24° C. Les vers redoutent beaucoup les variations brusques de température.

Lumière

La lumière est indispensable aux vers à soie, qui vivent normalement en plein air. En revanche, il est indispensable d'éviter les rayons directs du soleil.

Prévention des maladies du ver à soie


Bien respecter les conditions techniques et physiques de l'élevage ne suffit pas à assurer une bonne récolte, il faut également respecter une bonne hygiène. Les moyens de lutte contre les maladies sont uniquement préventifs à savoir :

  • une désinfection générale des locaux et du matériel avant et après l'élevage ;
  • un maintien des vers dans la plus grande propreté avec un changement fréquent et régulier des litières.

Les maladies qui peuvent atteindre les vers à soie sont : la muscardine, la pébrine, la flacherie et la grasserie.

La muscardine

La muscardine, désignée également sous le nom de maladie des blancs ou « dragées » est occasionnée par un champignon appelé autrefois Botrytis bassiana et actuellement Beauveria bassiana. Le mycélium se développe dans le sang et à l'intérieur du corps en envahissant tous les tissus. Au moment de la mort, le corps prend une teinte vineuse, le cadavre se couvrant d'un feutrage blanc constitué des filaments fructifères avec les spores. Les conidies libérées se déposent sur la peau des autres vers et les contaminent à leur tour. Cette maladie avait été observée par Vallisneri dès 1725 et expliquée par Agostino Bassi en 1825. L'animal peut mourir aussi à l'état de chrysalide.
Une désinfection bien effectuée permet de prévenir cette maladie. Cette désinfection peut être réalisée par une pulvérisation à base de sulfate de cuivre ou de formol. En cas de contamination il faut :

  • enlever les vers malades ou morts et les brûler ;
  • déliter les vers sains ;
  • brûler les litières où se trouvaient les vers malades.


La pébrine

Les vers atteints de pébrine restent petits et sont peu actifs. Le corps présente de nombreuses taches brunes entourées d'une auréole jaunâtre. Le ver paraît saupoudré de poivre d'où le nom de « pébrine », formé par Quatrefages2. Cette maladie est contagieuse et héréditaire, c'est-à-dire que l'œuf contaminé donnera naissance à un ver également malade. Il est donc nécessaire d'avoir des graines non contaminées. Pour cela, selon le procédé d'Osimo repris par Pasteur3, les corps des femelles qui ont terminé leur ponte sont broyés dans un peu d'eau et examinés au microscope. Si le papillon est contaminé, la ponte correspondante est éliminée. Cette méthode permet de lutter avec efficacité contre cette maladie car les spores de la pébrine ne conservent pas leur vitalité d'une année à l'autre.

La flacherie

La maladie des morts flats ou flacherie est due à des troubles intestinaux, la feuille contenue dans le tube digestif entrant en fermentation. Les vers malades et les cadavres dégagent une odeur aigre très désagréable. Les vers atteints deviennent languissants, refusent de manger et meurent rapidement. Cette maladie peut détruire en peu de temps toute une récolte. Il faut prendre rapidement les mesures suivantes :

 

  • enlever les vers malades ou morts et les brûler ;
  • déliter et espacer les vers survivants ;
  • faire jeûner les vers pendant 24 heures et pousser ensuite l'élevage en chauffant et en distribuant de nombreux repas de feuilles fraîches, propres et non humides.


La grasserie

La grasserie se déclare généralement vers la fin du 5e âge, un peu avant la montée. La peau devient très fragile et se déchire spontanément, laissant échapper un liquide laiteux. Cette maladie virale est très contagieuse et doit faire l'objet des mêmes traitements que la muscardine : enlèvement des corps morts et des litières qui sont brûlés, délitage des vers sains. La fréquence des repas peut être augmentée.


Magnanerie


Une magnanerie (terme venant de l'occitan magnan, qui désigne le bombyx du mûrier) est un lieu d'exploitation de sériciculture, c'est-à-dire l'élevage du ver à soie.
L'exploitant d'une magnanerie est appelé un magnanier ou plus couramment magnan. Dans une exploitation agricole, on peut aussi rencontrer la dénomination magnanière pour le bâtiment destiné à la sériciculture. Les femmes employées dans une magnanerie sont appelées magnanarelles ou magnarelles.


 

Magnanerie en coupe
 

                           








 

                                                                                        Une magnanerie



 

Le cycle du ver à soie






 

François Bernard Charmoy




François Bernard Charmoy, orientaliste, est né le 14 mai 1793 à Soultz-Haut-Rhin et décédé le 9 décembre 1868 à Aouste-sur-Sye (Drôme ).
En 1810, il se rend à Paris pour faire des études de droits et poursuivre l’ étude des langues orientales orientales. En 1817, il part pour Saint-Pétersbourg . Là, il devient professeur de persan et le turc.
Rentré en France depuis 1835 pour raison de santé, il installe à Aouste dans la Drôme.

Extrait du Dictionnaire des orientalistes delangue française publié par François Pouillon en 2008

" Orientaliste qui répand en Russie l’enseignement des langues orientales sur le modèle français ".

Il étudie d’abord l’hébreu et l’arabe au collège impérial de Phalsbourg (Moselle), puis se rend à Paris pour étudier le droit et poursuivre ses études à l’Ecole des langues orientales, avec Silvestre de Sacy, Chézy, Langlès, Amédée Jaubert, Louis Sédillot, Dom Raphaël ; au Collège de France, avec Silvestre de Sacy, Caussin de Perceval et Kiéffer. Il étudie l’arabe, le persan, l’hébreu et l’arménien.En 1817, le tsar cherche des enseignants qui enseigneraient l’arabe, le persan et le turc. Silvestre de Sacy recommande Charmoy pour le persan et le turc et Demange pour l’arabe. Il part pour Saint Pétersbourg en 1817, et passe en Russie près de dix huit ans, la période la plus féconde de son activité. Il occupe la chaire de langue persane à l’Ecole normale principale réorganisée en 1819 au sein de l’université impériale de Saint-Pétersbourg, et enseigne simultanément le persan et le turc au département asiatique du ministère des Affaires étrangères de Russie. Il compte parmi ses élèves P.S. Saveliev (1814-1859),P. Ya. Petrov (1814-1875) et V.V. Grigoriev (1816-1881) et on peut le considérer comme le fondateur des études iranniennes à Saint-Pétersbourg – bien qu’il ne se soit jamais rendu en Perse ni dans les régions dont il défricha l’histoire.

Son activité est liée à deux autres institutions : la Bibliothèque impériale publique (aujourd’hui Bibliothèque nationale de la Russie) et de l’Académie impériale des sciences. En 1828, il est nommé au groupe des orientalistes chargé d’inventorier les livres et manuscrits orientaux de la Bibliothèque. Dès 1829, il est membre correspondant de l’Académie des sciences de la Russie, et plus tard, son membre-correspondant étranger (1835-1868). En 1832, il est nommé ad’iunkt (assistant académique) en littérature orientale (persan)dans la même académie. En 1835, il rentre en France pour raison de santé et s’installe en Provence (Aouste).

Ses travaux se rangent en trois catégories :

- des manuels de langues persane et turque
- deux aperçus sur l’histoire de l’orientalisme
- la recherche, l’édition et la traduction des sources historiques arabes, persanes et turques sur l’histoire de l’Europe orientale et l’Asie centrale

En 1829, il achève le travail de son élève Louis Spitznagel mort prématurément. Il s’agit de l’édition et de la traduction du texte du poète persan du XIIe siècle Nizami Ganjavi, Iskandar-nama. Par modestie, Charmoy n’a pas inséré son nom dans le tître du travail publié, bien qu’il en ait corrigé la traduction et fait la collation de neuf manuscrits d’Iskandar-nama où il trouva cinq mille variantes textuelles. La publication de ce livre coïncide avec la victoire de la Russie sur l’Iran à la suite de la guerre de 1826-1828. En cette occasion, Charmoy est récompensé par l’empereur Nicolas 1er d’un anneau de diamant. En 1832, il prépare deux grammaires de langue persane et un Supplément à la grammaire turque de Jaubert.

Il est l’auteur d’un grand travail sur Timour contre Toqtamiche en 1391, avec la publication d’extraits de deux ouvrages arabes, sept chroniques persanes et une turque, et leur traduction commentée en français (1835, rééd. 1975). Ce travail pose les fondements de l’étude scientifique de la Horde d’Or et de l’Asie centrale postmongole appuyée sur les sources musulmanes. Elle trouve sa réalisation dans les éditions postérieures parues en Russie et en URSS, telles que Collection des matériaux relatifs à l’histoire de la Horde d’Or (t. I-II 1884 - 1941 nouvelle éd., Moscou, 2003), Matériaux sur l’histoire des Turkmens et Turkménistan (t. I – II, 1938-1939), Matériaux sur l’histoire des khanats khazakhs (extraits des ouvrages persans et turcs) (1969), etc. Charmoy traduit également en français, avec de nombreux commentaires, une grande chronique persane du XVIeme siècle sur l’histoire du Kurdistan, Sharaf-nama par Sharaf Khan Bidlisi (1868-1875). Il traduit en français la chronique persane du XVeme siècle Ta’rikh-i Tabaristan-u Ruyan-u Mazandaran de Zahir ad-Din Mar’ashi, quand il apprend que l’orientaliste B. Dorn l’avait traduite en allemand (la traduction allemande est publiée à Saint Petersbourg en 1858).

 

Timur Beisembiev


 

Acte de naissance de François Bernard Charmoy