17 – Rue des Moirans

 

Voir aussi les documents joints:
 
  • La teinture des étoffes au Moyen Âge
  • L'impression des soieries depuis le XVIIIeme siècle
  • L’impression à la planche
  • Le tissage
  • Le moulin à foulon, premier moulin de l’industrie textile lainière
  • Le cardeur




Les murs de droite de la rue étaient, jusqu'en 1622, les fortifications. Au Moyen Âge les fabricants de feutre ( la moire ou « moère » devenue mohair), les tisserands, les foulons, les cardeurs, les imprimeurs sur étoffe et les teinturiers étaient regroupés dans cette rue. A partir de 1450, le feutre servira au séchage des feuilles de papier. De grandes pièces de feutres tournant de manière continue entre des rouleaux sont utilisées dans les machines à papier pour éponger l'eau de la pâte à papier et transformer cette pâte pour former la feuille de papier.
Avant le XVIIeme siècle la moire qualifiait un tissu en poil de chèvre.

 
 
             
                                                                                            Métier à tisser du XVIII°
 
                                                                          





 
La teinture des étoffes au Moyen Âge




Les teinturiers, souvent appelés « ongles bleus », constituent l’une des corporations les plus actives des métiers du textile. Les nombreux textes conservés, rédigés à partir du XIIIe siècle attestent d’une réglementation très précise de ce métier. Ils précisent leur organisation, leur cursus, leur localisation dans les villes, leurs droits et obligations, la liste des colorants autorisés et des colorants interdits. En général, les teinturiers sont séparés selon une couleur ou un groupe de couleurs ou selon les matières textiles qu’ils peuvent utiliser. Les teinturiers de bleu teignent en général en vert et en noir et les teinturiers de rouge s’occupent des jaunes.

Les règlements stipulent que les teinturiers doivent exercer leurs activités polluantes à l’écart des villes. Ils travaillent en général près des rivières. Le partage des eaux provoquent des conflits au sein de la profession. Par exemple les teinturiers de rouge doivent attendre que l’eau soit propre lorsque les teinturiers de bleu y ont déversé leurs colorants. Certaines autorités municipales rédigent alors des calendriers d’accès à la rivière.


 
Atelier de teinturier au XVIIIe siècle


La teinture est la dernière étape de réalisation d'une étoffe. On teint presque toujours le drap tissé, rarement le fil (sauf pour la soie) ou la laine en flocons. On en observe deux types : une teinture domestique rurale, réalisée à l'aide des plantes les plus faciles à obtenir, donc d'un coût moindre, et une teinture professionnelle quasi-industrielle, qui ne concerne qu'une minorité de personnes
L’art de la teinture est complexe. Vient d'abord le mordançage : on fait bouillir la matière dans un bain d’eau contenant un mordant (cendres végétales, alun, rouille, vinaigre et même urine !). Ce procédé permet de fixer le colorant. Il peut être pratiqué avant, pendant ou après la teinture. Pour la plupart des plantes, la couleur de rendu final dépend essentiellement du mordant qui aura été utilisé. La bourrache sans mordant donne une teinte bleue alors qu’avec un mordant on obtient du rose ! 
On distingue deux procédés de teinture : par macération à froid ou fermentation, en renouvelant l'opération plusieurs fois afin de renforcer l'adhésion de la couleur, ou par macération à chaud dans un bain où l'on a auparavant fait bouillir les plantes tinctoriales.
Concernant celles-ci, il en existe une multitude. On trouve essentiellement de la garance pour le rouge, de la gaude pour le jaune, de la guède (plus connue aujourd'hui sous le nom de pastel) et de l'indigo pour le bleu, de la noix de galle et des racines de noyer pour le noir (en remplacement du noir de fumée, de mauvaise qualité), et diverses variétés de fleurs et de feuilles pour le vert. Les teintes rouge violacé, très recherchées, sont obtenues à partir de lichens (ces derniers peuvent aussi donner, par bain d'ébullition, des teintes jaunes et vertes). La cochenille  est la femelle d'un petit insecte utilisée depuis l'Antiquité pour obtenir des teintes, selon la concentration, d'un rouge rosé à un pourpre bleu, en passant par le rouge vif, pourpre rouge et violet. Sans compter les plantes employées par les gens du peuple, ramassées dans les bois ou cultivées dans leurs jardins : herbe (vert), cerises (rouge tirant sur le vieux rose), mûres (bleu), genêts (jaune et vert), châtaigner et autres, n’offrant qu’une qualité médiocre.
Le mélange de couleurs n’existe pas. On juxtapose, on superpose, mais on ne mélange pas vraiment. D’ailleurs, avant le 15e s., aucun recueil de recettes pour fabriquer les couleurs n’explique que pour obtenir du vert il faille mélanger du bleu avec du jaune. En effet, le spectre colorimétrique est inconnu au Moyen Âge et, de toutes façons, les cuves de bleu sont dans des ateliers dévolus à la couleur bleue, les cuves de jaune dans les ateliers de jaune, etc.  En général, un teinturier a en charge une couleur principale et une autre, secondaire (ex : rouge et jaune). Un teinturier de rouge, par exemple, ne s'occupe pas du bleu, et inversement sous peine de représailles. Les règlements sont très stricts sur l’utilisation des couleurs et d’ailleurs, c’est le métier de teinturier est une profession suspecte et plus ou moins réprouvée. On y voit, dans l’Europe médiévale chrétienne, un caractère presque diabolique. Ce métier est interdit aux clercs et déconseillé aux honnêtes gens !



Sources :

- http://jardinmedieval.over-blog.com
- www.edap.vendee.fr/





 
L'impression des soieries depuis le XVIIIeme siècle



 

L’impression à la planche



Au XVIIIe siècle, la principale technique d’impression sur étoffe est l’utilisation d’une planche de bois gravée en relief. 

Les coloristes, s’inspirant des procédés de coloration indiens, utilisent des substances naturelles pour fabriquer de la pâte colorée. 
L'acteur principal de l’impression sur tissu est le dessinateur qui crée les motifs. Un graveur réalise ensuite une planche dans un bois dur. 
Enfin, l’imprimeur pose les planches chargées de matières colorantes sur la toile et y applique un coup de maillet. 

Cette technique d’impression est pratiquée jusqu’au milieu du XXe siècle, même si de nouveaux procédés sont mis au point.

Les évolutions techniques

Les premières tentatives d’impression mécanisée au rouleau ont lieu en Allemagne dès le XVIIème siècle, mais ce procédé ne se développe seulement qu’au XIXème siècle. En 1783, l’Ecossais Thomas Bell inventa une machine à imprimer utilisant un rouleau de cuivre gravé en creux. D’autres versions de cette « machine à imprimer » connaissent un succès en France et en Allemagne. Ces rouleaux primitifs, gravés en creux, donnant un motif blanc sur un fond coloré, sont ensuite remplacés par des cylindres gravés en relief.
Vers 1800, l’impression sur machines à rouleaux de cuivre prend son essor, mais ces techniques sont surtout utiles pour des productions monochromes. Ce n’est qu’après la découverte des colorants synthétiques et le perfectionnement des machines à rouleaux modernes que cette pratique manuelle disparaît du domaine industriel.
 C’est surtout du domaine chimique que viennent les innovations : élargissement de la palette, amélioration des procédés d’impression par réserve et par rongeage (ou enlevage).
Au cours du XIXe siècle, l’impression sur textile évolue radicalement sous l’effet d’une double révolution. La production se mécanise et les premiers colorants de synthèse apparaissent. 
En 1856, le chimiste anglais Perkin découvre la mauvéine (premier colorant de synthèse). En 1902, près de 700 colorants synthétiques sont déjà disponibles.



 
Deux planches à imprimer des établissements ETIT de Tournon (1)
 
Cette planche d’impression fait 26cm sur 29cm, 5cm d'épaisseur et pèse 2 kg .
L'impression à la planche débute en France au XVIIIe s et ce jusqu'au milieu du XXe s,
 
Détail d’une autre planche

Notes

(1) - ETIT ( établissement de teinture et impression de Tournon ) s’est développé après 1862. L'entreprise a compté jusqu'à 500 employés, elle travaillait pour les grands soyeux lyonnais de réputation internationale ( Bianchini-Ferrier…). A partir de 1980, l'activité a baissé, il y a eu des repreneurs, puis une liquidation judiciaire, les énormes bâtiments à la sortir nord  de Tournon sur la RD 86, ont été rachetés par la mairie de Tournon.

IBE (Impression beaumontoise des étoffes) a suivi la même chemin que les ETIT. L'établissement, situé à Beaumont les Valence est un établissement secondaire de l'entreprise IBE TEXTILES COLORS. Créé le 26-12-2006, son activité est l'ennoblissement textile. Au 03-01-2017 cet établissement emploie entre 20 et 49 salariés.




 
L’impression à la planche
 
 


L’impression à la planche de bois gravée en relief est pratiquée dans d’innombrables ateliers jusqu’au milieu du XXème siècle ; ce procédé, très artistique, est lent. Dès les années trente il est abandonné progressivement au profit de l’impression plus rapide au cadre plat. Il subsiste jusque dans les années 1980. Nous sommes fiers de compter dans notre atelier 500 blocs d’impression, véritables œuvres d’art pour certaines, et de continuer à les utiliser aujourd’hui encore pour créer des pièces uniques aux motifs souvent extrêmement raffinés et rares.
Ce savoir-faire ancestral né au nord de l’Inde dans la région du Cachemire, arrive en Europe à la fin du XVIe siècle par les ports portugais qui jalonnent les routes de la soie.
Cette technique est pratiquée depuis des temps fort reculés (peut-être 2000 ans avant notre ère) par les artisans indiens, qui se transmettent de génération en génération les secrets de l’art de décorer les toiles de coton. Longs, complexes et empiriques, les processus de fabrication de ces indiennes reposent sur l’utilisation de mordants, sels métalliques qui, appliqués sur la toile ont la propriété de fixer les colorants de teinture. Cette maîtrise des procédés chimiques donne naissance à une palette de couleurs riches et brillantes, où dominent les rouges de garance et les bleus de l’indigo.
A la fin du XVIe siècle les Portugais ramènent en Europe ces cotonnades peintes et imprimées que l’on nomme indiennes car initialement importées des comptoirs des Indes.
Elles connaissent un grand succès avec l’intensification des relations commerciales entre l’Orient et l’Occident.
Mais au XVIIe siècle ces Indiennes ou Perses, répondant aux noms de madras, pékin, gougourans, damas ou cirsacs sont interdites à l’importation. Des fabricants décident alors de les imiter, dont un sculpteur marseillais jusqu’alors spécialisé dans la fabrication de cartes à jouer. Au XVIIe siècle, l’impression à la planche est donc d’abord pratiquée en Provence, mieux connue sous le nom des indiennes provençales ou de Marseille, encore célèbres aujourd’hui grâce aux Olivades et les Souleiado.
Au XVIIIème siècle, cette technique domine. La rencontre avec les procédés de coloration indiens entraîne son essor.


 
La fabrication des planches, blocs d’impression ou indiennes
 
 
Les outils du graveur


La création d’une planche implique de nombreux savoir-faire.
Sa réalisation, complexe, se déroule en de nombreuses étapes et exige le concours de plusieurs intervenants : dessinateur, metteur sur bois, graveur, fondeur, chimiste…
En premier lieu, le dessinateur réalise une maquette gouachée à taille réelle.
Puis le metteur sur bois reporte le dessin sur la planche avec un gratté, qui est un papier transparent, huilé. Il doit alors peindre en vermillon les parties que le graveur doit laisser en relief.
Ensuite, pour chaque couleur que compte le motif, le graveur réalise à l’aide d’une gouge ou d’un burin une planche dans une essence dure-bois fruitier en général, souvent complétée par l’insertion de picots (clous) et de lamelles de cuivre courbes ou rectilignes. Ce procédé dit de picotage permet de restituer la finesse des points et des traits du modèle original. Une fois terminé, le bloc présente la sculpture sur un relief plat et laisse ressortir le motif dessiné plus tôt.


 
Gravure d’une planche


A la fin du XVIIIe siècle  apparaissent les plombines, fabriquées grâce au procédé de clichage qui est employé jusque dans la deuxième moitié du XXe siècle. Cela consiste à couler un alliage de plomb dans un moule de bois gravé en creux, une matrice, pour réaliser certains éléments du décor, qui sont ensuite fixés sur une nouvelle planche, appelée plombine. Ces éléments peuvent être bien évidemment produits en autant d’exemplaires que nécessaire. Le clichage permet donc une duplication des plombines, que ne permet pas le bloc d’impression gravé, qui demeure une pièce unique. Ces plombines sculptées puis moulées et clouées sur les planches, sont ensuite enfoncées dans le bois avec un molleton. Enfin, on passe la planche au polissoir.
La planche est désormais prête pour l’imprimeur, qui pose alors les planches chargées de matière colorante sur la toile et y applique un coup de maillet.

Impression à la planche


Un atelier de soierie peut posséder jusqu’à 500 planches d’impression , des plus anciennes de deux cent ans aux plus récentes une centaine d’années. Les planches sont gravées dans une essence dure en bois fruitier ; le motif gravé est souvent complété par l’insertion de picots et de lamelles en laiton pour les finesses.


Cette technique, la plus ancienne, originaire de l’Inde et pratiquée en France depuis le XVIIe siècle, consiste à imprimer des tissus grâce à un bloc de bois gravé après l’avoir enduit de teinture.
Pour un seul dessin, il y a autant de blocs gravés que de couleurs contenues dans le dessin original, que l’on souhaite transférer sur le tissu.
Certains ateliers utilisent encore ces superbes tampons pour réaliser des pièces uniques aux motifs décoratifs souvent extrêmement raffinés.
On peut composer de nouveaux motifs en utilisant plusieurs blocs d’impression et en mixant ainsi plusieurs dessins.
 
 



Elle permet aux imprimeurs d’explorer d’autres horizons colorés que ceux proposés par la technique d’impression au cadre plat. Son grand avantage est qu’elle permet d’obtenir plusieurs intensités de couleur en une seule application : cela dépend à la fois de la manière dont la planche a été enduite de couleur mais aussi de comment cette dernière est appliquée.



Cette technique très artistique est lente dans sa mise en œuvre mais permet la réalisation de combinaisons, de motifs et de nuances que les autres techniques d’impression ne peuvent effectuer. Elle est donc particulièrement adaptée à la création de pièces uniques. Elle stimule la créativité des imprimeurs, qui redonnent vie à de très anciens motifs en jouant avec eux et les détournant parfois pour réaliser des motifs contemporains, inattendus et raffinés.
C’est également une technique d’impression écologique puisque cette technique n’utilise aucune énergie si ce n’est celle de l’artisan et que les encres utilisées sont à base d’eau


La technique



Pour imprimer le motif sur la soie, on imprègne la planche de couleur en appuyant sa face gravée sur un tampon feutre imbibé de teinture. Puis on la pose délicatement sur la pièce de soie tendue en commençant par les picots qui saillent à l’angle et délimitent les rapports du dessin. Une fois le bloc posé sur le tissu, on prend un lourd maillet et avec le manche on frappe deux ou trois coups le dos de la planche en son centre. L’encre se répand alors uniformément sur la soie grâce à la concavité soigneusement calculée du tampon ; puis les colorants déposés préalablement sur les surfaces en relief teintent la soie… Si le motif contient plusieurs couleurs, elles sont imprimées les unes après les autres en observant un temps de séchage entre l’application de chacune.
Le motif textile est construit au gré des impressions successives : lorsqu’ une table de serti a été achevée, on renouvelle la tâche en changeant de couleur et de tampon et en prenant soin surtout de suivre les rapports du dessin indiqués par les pivots aux angles de la planche.
La difficulté première de cette technique est de positionner les planches successives de la même manière en prenant soin de s ‘adapter aux impressions précédentes avec une extrême précision. Or les planches n’ont pas ou peu de repères. On doit donc les positionner correctement, au millimètre près et à main levée.
Rigueur, minutie mais aussi intuition sont les clés de cette technique.








 
Le tissage




Le tissage est la façon de croiser des fils (fils de chaîne et fils de trame) pour former un ensemble solide.
L'homme a inventé le tissage bien avant sa sédentarisation : époque paléolithique. On a retrouvé des traces des premiers tissus grâce à l'empreinte laissée sur des poteries. Les tissus eux mêmes ont beaucoup de mal à se conserver. Les vestiges textiles sont peu nombreux.
Les premiers ouvrages tissés correspondaient à un besoin : le transport des affaires.
Bien plus que le vêtement, qui été en général fait de peaux de bête, de cuir, l'homme nomade conservait avec lui ses outils et avait besoin de ces deux mains libres. Il a donc confectionné des petites bandes de tissus en diverses matières suivant la région, le climat, la végétation, qu'il a ensuite assemblé pour confectionner des sacs plus légers que des sacs de cuir.
Presque toutes les cultures connaissent le tissage, et chaque peuple a inventé son métier à tisser. Même si la technique reste la même, les innovations, les recherches de chacun sont impressionnantes.
En général, le tissage implique l'utilisation d'un métier à tisser pour entrelacer deux ensembles de fils perpendiculairement: la chaîne qui s'étend longitudinalement et la trame qui la traverse. Les fils de chaîne sont tendus et parallèles les uns aux autres, généralement sur un métier à tisser. Il existe de nombreux types de métiers à tisse
On note quantité de métiers à tisser. Du plus rudimentaire (entre deux arbres, avec des branches, ...) au plus sophistiqué actionné par des pédales soulevant des cadres pour séparer la foule (ensemble de la chaîne).
Deux types de métiers à tisser existent : métiers de haute lice (métiers verticaux tels que les métiers à tisser des vikings et métiers à tapisserie) et les métiers de basse lice (métiers horizontaux avec système de pédales)


L’évolution du métier à tisser

Le métier italien dit « à la grande tire », introduit en France au XVIIème siècle, comporte un système de cordes verticales et horizontales permettant de lever ou d’abaisser les fils de chaînes. Ces cordes, également appelées lacs, étaient jusqu’alors généralement actionnées par les enfants que l’on appelle des tireurs de lacs. Le Lyonnais Claude Dangon (vers 1550-1631) perfectionne le système en mettant au point la navette volante : à droite et à gauche du métier sont disposés, sur glissières, deux taquets mobiles qui, manœuvrés par un jeu de ficelles, se renvoient la navette. Le tisseur tire alternativement d’un côté puis de l’autre, assurant par un va-et-vient continu l’insertion de la trame. L’automatisation du lancer de la navette permet alors de tisser quatre fois plus vite et de créer des tissus beaucoup plus larges.
Au XVIIIe siècle, en Europe, les tisserands travaillent sur des métiers à tisser de plus en plus complexes. En France, plusieurs étapes importantes dans l'amélioration du métier à tisser sont marquées par les inventions de Basile Bouchon en 1725, Jean-Baptiste Falcon en 1728 et Jacques Vaucanson entre 1740 et 1760. L’Encyclopédie dirigée Diderot et D'Alembert, qui donne une large place à l'artisanat et aux techniques dans les volumes de textes et les volumes de planches, reflète l'état de l'artisanat du tissage au début de la seconde moitié du XVIIIe siècle.
C'est cependant au tout début du XIXe siècle que le domaine du tissage connaît un bouleversement technique décisif avec l'invention du métier Jacquard par Joseph Marie Jacquard à Lyon en 1801 «  la Mécanique Jacquard », parfois appelées « Bistanclaque » : le procédé permet de lever les fils de chaîne, qui sont reliés à des crochets, en actionnant une pédale. Jacquard était fils de tisseur, il a été tireur de lacs et voulait simplifier le travail. Il a repris les idées de plusieurs inventeurs du 18esiècle et il a combiné les aiguilles de Bouchon, les cartons perforés de Falcon et les cylindres de Vaucanson. Le métier Jacquard permet d'automatiser entièrement la production de textiles, y compris des motifs complexes, grâce à un système de cartes perforées. Cette mécanique supprime le recours aux tireurs de lacs. Mais pour faire des dessins sur le tissu, il faut parfois lever certains fils et pas d’autres... Alors Charles-Marie Jacquard a l’idée de placer sous les crochets une carte à trous : en appuyant sur la pédale, les fils montent et la carte perforée se met en place sous les crochets. S’il n’y a pas de trou, le crochet maintient le fil levé. S’il y a un trou, le crochet descend avec le fil.
L'automatisation de la production met au chômage de nombreux ouvriers, d'où en France la révolte des Canuts de 1831.


Qu’est-ce que le « Bistanclaque pan » ?

C’est l’ensemble des mouvements faits par le tisseur, ainsi que le bruit qui résonnait dans toute la Croix-Rousse, quand les métiers à tisser fonctionnaient. Cette expression peut se décomposer de la façon suivante :
« BIS » : les fils glissent les uns contre les autres lorsque le pied appuie sur la pédale pour faire soulever les fils de chaîne,
« TAN » : le marteau, actionné par le tisseur, tape sur la navette pour la lancer,
« CLAC » : la navette arrive de l’autre côté du métier et la chaîne se referme,
« PAN » : le battant est rabattu par le tisseur pour serrer le fil de trame.


La mécanisation du tissage


On parle de mécanisation du tissage lorsque le métier à tisser exécute les quatre opérations suivantes de manière automatique et synchronisée :
la levée et l’abaissement des cadres permettant l’ouverture en deux nappes des fils de chaîne,
le lancement de la navette permettant le passage du fil de trame entre les fils de chaîne,
le tassement des fils au moyen du peigne,
et l’avance progressive de la chaîne.


Le XVIIIème siècle est particulièrement marqué par l’invention de la navette volante et du métier Jacquard. La généralisation progressive des métiers à tisser employant ces deux inventions constitue une véritable révolution technique et sociale de la profession. Les premiers métiers mécaniques utilisant la machine à vapeur apparaissent dès 1786. La rentabilité impose alors qu’une seule machine puisse entraîner plusieurs dizaines de métiers.



 
Une grande invention améliore le tissage: la «navette volante»de John Kay


Il faut attendre le dernier tiers du XIXème siècle pour voir la diffusion à grande échelle de métiers mécaniques réalisés en métal : seul ce matériau est en effet capable de supporter les chocs créés par la propulsion de la navette.Puis l’arrivée de l’électricité au début du XXeme siècle permet de remplacer les machines à vapeur par de gros moteurs électriques. La mécanisation du métier à tisser est pratiquement achevée à la fin des années 1940. La navette, trop lourde et donc limitée en vitesse, est remplacée par un outil appelé « projectile » à partir de 1945. Cette innovation est ensuite remplacée par une technologie encore plus simple : le métier à jet de fluides, qui permet de pousser le fil de trame entre les nappes par un jet d’eau ou d’air sous pression. C’est la technologie actuellement utilisée pour la production de masse.
 


 
  
Les quarts de pouce servent à compter les fils et vérifier le tissage.

 
 
Les navettes contiennent les canettes de fil

 
                                 
                                         Les cartons perforés de Falcon                      Les cylindres de Vaucanson: début de l’automatisation du
                                                                                                                  déplacement des lisses avec des cartons placés sur une
                                                                                                                     poutre du métier (cylindre de Vaucanson 1745-1755).


Des métiers ...


Gareur : mécanicien chargé dans l’atelier de la réparation, des réglages et de la mise au point des machines textiles. Ce métier exige une somme de connaissances qui dépasse très largement les seules compétences en mécanique pure. Le gareur est chargé de mettre le métier en route. Cette opération demande d'une demi-journée à une journée complète de travail.
Liseur : le lisage couvre l'ensemble des activités de préparation concernant le dessin et la réalisation des cartons destinés à la mécanique Jacquard. Le liseur est un intermédiaire important entre le fabricant qui lui donne les dessins et le tisseur qui reçoit de lui les cartons perforés.
Ourdisseuse : la tâche de l'ourdisseuse consiste à disposer les fils dans un certain ordre pour former la chaîne. Ce travail est assez délicat car de la qualité du résultat dépend le travail du tisseur.


 




Aouste sur Sye - Intérieur de l'usine de tissage Flachard :
la salle de contrôle du tissu en 1930





 
 
Aouste sur Sye - Intérieur de l'usine de tissage Flachard en 1950
 
 







                                 Usine Tavan/Flachard d’Aouste en 1900





 










 
Tissage Flachard


                                               
 
Usine de tissage en 1925













 






Métier à tisser mécanique



 








Métier à tisser de 1917










Métier à tisser moderne à jet d’ air












 
Métier à tisser Jacquard










Métier à tisser les rubans avec mécanique Jacquard





 
Le moulin à foulon, premier moulin de l’industrie textile lainière




Si déjà un siècle avant JC, les moulins à grain utilisaient l’énergie hydraulique, il fallut attendre le Xème siècle pour qu’un moulin à foulon naisse en Europe Occidentale. Il paraissait nécessaire de faire le point sur l’état de la recherche. Selon les périodes et les lieux, il servait à nettoyer les étoffes en les débarrassant de l’huile d’ensimage et autres colles employées en cours de fabrication, et à imbriquer les fibres les unes dans les autres. La pièce de tissus en ressortait propre, épaissie, et rétrécie tant en longueur qu’en largeur. Cette étude présente une synthèse sur les problématiques posées, en Europe, par le moulin à foulon, premier moulin de l’industrie textile lainière. Quelle est l’ancienneté et la diffusion de cette machine ? Quelle typologie technique peut-on proposer ? Quelle valorisation culturelle pour ce patrimoine ?

1- L’ANCIENNETE ET LA DIFFUSION DU MOULIN A FOULON

1.1 - L’ancienneté

Pour l’heure, le premier est italien. Il s’agit d’une machine abritée dans un moulin arrimé au bord de la rivière Serchio, en Toscane, en 983. Le nouveau moulin va rapidement connaître une diffusion assez large. En 1008 nous le trouvons à Milan, puis en 1086 en Normandie, dans l’actuel département de l’Orne, à Saint- Georges-d’Annebecq. C’est le premier moulin à foulon mentionné en France. Le XIIème siècle confirme son implantation sur de vastes territoires : En 1101 à Troyes, aux limites de la France et de l’Espagne, dans les Pyrénées-Orientales en 1139, à Vernet-de-Conflent, entre 1147- 1151 à Châlons-en-Champagne, en 1156- 1159 à Bernay dans l’Eure. La Scanie,
dans le Sud de la Suède le connaît dès 1161. Ce n’est qu’en 1185 qu’apparaît la première mention de moulin à foulon anglais à Newsham en Yorkshire. Au XIIIème siècle, les moulins à foulon sont mentionnés en Allemagne, à Spire en 1223. Aux Etats-Unis d’Amérique le premier foulon fut construit à Rowley (Massachussets) en 1643 (Zimiles, 1973, 102).
Le premier romancier européen à décrire le moulin à foulon est Miguel de Cervantès. Au chapitre XX, du tome premier de son célèbre livre, publié en 1605, “El ingenioso hidalgo Don Quichotte de la Mancha” l’auteur espagnol
fait intervenir ces moulins, sis en bordure du Rio Guadiana, en l’associant à une scène nocturne, durant laquelle elles effrayèrent Don Quichotte jusqu’à l’aube.


 
 
Moulin à foulon pendulaire en 1617.
Cette gravure de Jacques Strada montre pour
la première fois un ouvrier foulonner du travail -
Collection JPH.Azéma.


Cette première mention littéraire d’un moulin foulon pour le textile de laine, est pratiquement contemporaine de la première représentation graphique de ce type de moulin, par Zonca en 1607 dans son “Novo téatro di macchine et edificii”. Ce document représente un moulin à deux maillets pendulaires, actionnés par un arbre à cames entraîné par une roue hydraulique verticale à aubes. Quelques années plus tard, en 1617-1618, Jacques Strada (fig. 1) en donne une autre figuration dans le “Théatrum instrumentorum et machinarum”. La gravure représente un moulin à deux maillets pendulaires, actionnés par un arbre à cames entraîné par une roue hydraulique verticale à aubes. Un ouvrier manipule une fourche à deux dents en bois, affairé à retourner la pièce de drap dans l’auge du foulon. Toujours au cours du XVIIème siècle, l’Espagnol Juanelo Turriano publie une œuvre essentielle “Los veintiun libros de los ingénieros y de las maquinas” où nous trouvons la représentation du même mécanisme.
Ensuite les mécanismes de foulon trouvent place dans les traités de mécanique; G.A. Boeckler en 1662 avec le “Theatrum Machinarum Novum” ; Jacob Leupold et Beyer en 1724-1727, avec le “Theatrum Machinarum Molarium”, où ils décrivent des moulins à foulon à pilons et des moulins à maillets, Johann Van Zyl en 1734 avec le “Theatrum Machinarum Universale” qui figure des moulins à foulon à pilons mus par le vent; Duhamel du Monceau, en 1765, avec “l’Art de la draperie”, qui propose là un traité technique exclusivement consacré au foulage des tissus de laine en France, où figurent tous les types de moulins à foulons existants. ; enfin, les gravures publiées dans l’Encyclopédie en 1773. 

1.2 - De grosses difficultés d’implantation.

Dans plusieurs pays le développement de cette nouvelle machine, se heurta aux corporations de fouleurs à pied et à main. Effectivement à Châlons-en-Champagne, “l’invention du moulin à foulon permit de fouler jusqu’à 50 fois plus de draps” que le foulage au pied. Les perspectives de profits sont tellement prometteuses, qu’en 1158, “les templiers demandent le monopole sur les moulins foulons. En Anjou, les moulins à foulon remplaçaient de 20 à 40 ouvriers fouleurs. Il en résulta beaucoup de mécontentement et de révoltes”. En Flandre, dans le Nord, à Honschoote, la résistance au moulin à foulon persista jusqu’au XVIème siècle. Il s’ensuivit un retard qui eut de sérieuses conséquences sur le devenir industriel de cette région drapière.

1.3 - Dénomination des moulins à foulon.

Parler de moulins foulon c’est aussi aborder la question de la dénomination de ce moulin spécialisé dans les différents pays d’Europe. En France, les termes sont très variés. En dehors de moulin foulon, nous trouvons aussi, moulin drapier, foulerie dans la partie Nord de la France. A la charnière des pays d’Oc et d’Oïl, se trouve l’appellation mail. En Provence et en Occitanie, nous avons paradou, ou parayre.
Pour l’Aquitaine, la Gascogne et l’Espagne, domine le mot batan. Au Portugal, c’est le pisao ou fulao. L’Italie dispose de plusieurs dénomination : gualchiéra, (cousine de la forme walkmühle des régions germaniques) localisée en Toscane, et ailleurs follo, follone. En Europe du Nord, fulling mill signale une influence française, mais d’autres dénominations se rencontrent aussi, en Cornouaille, Devon, Somerset et Irlande : tucker, tuck mill, tucking mill. Dans la région du Lake District : walk, walker, walking mill, walkmill. Le Pays de Galles fait exception avec pandy du verbe pannu qui signifie fouler (de pan et ty : moulin de foulage ou melin-ban).

2- PROPOSITION DE TYPOLOGIE TECHNIQUE

En Roumanie, depuis l’âge de la Tène (450 av JC), on avait inventé un outil nommé “tourbillon”. Celui-ci se compose d’une fosse tronconique, garnie de madriers de bois, dans laquelle, sous l’effet d’un jet d’eau naturel, les tissus
s’épaississent et s’effilochent. Le tourbillon peut fonctionner comme une installation indépendante ou associé au moulin foulon.


 
Moulin foulon oblique anglais, dessiné par le constructeur anglais Kilburn en 1931.
 Collection JPH. Azéma.


Le moulin foulon, premier moulin textile, est la première machine à utiliser l’arbre à cames, la première machine lourde de l’histoire de l’industrie textile occidentale. Au fil du temps, plusieurs familles de mécanismes de moulins à foulon se sont différenciées.

2.1 - Moulins foulons à maillets.


Les moulins à foulon à dégraisser, à maillets à attaches pendulaires. Pour pouvoir mener à bien, et en toute sérénité le foulonnage du drap de laine, il fallait commencer par le nettoyer dans un premier moulin à dégraisser. Cela consistait principalement à procéder à l’extraction de l’huile d’ensimage. Pour cela on employait surtout du savon fait à partir d’huile (d’olive de préférence) par exemple à Elbeuf et Louviers (Alcan, 1866), ou de la terre à foulon (argile smectique) en Flandres (Espinas, 1923) dans le Languedoc et le midi de la France. Ensuite, le drap étant lavé à grande eau, le foulonnage à proprement parler pouvait s’effectuer dans de bonnes conditions

2.2 - Les moulins à foulon pour draps fins, à maillets à attaches pendulaires.


A l’origine, ces mécanismes se trouvaient en Italie du Nord, Espagne, France et Angleterre. Les maillets oscillant horizontalement, la pièce de tissu tournait beaucoup plus facilement. Régulièrement il fallait racler le fond de pile, pour en enlever les échardes et fibres de bois saillantes, ce qui la creusait. Les derniers modèles de piles avaient résolu cette question en revêtant le bâti en fonte avec des garnitures en bois amovibles. Alcan en 1866, rappelle que le poids des maillets varie de 25 à 35 Kg, et qu’un foulage peut durer jusqu’à 40 heures. A raison de 50 coups par minute (25 coups pour chaque maillet), le moulin encaisse 120.000 coups de maillets en 40 heures, ce qui représente une force de 1 tonne par maillet et par heure. Ces maillets provoquent un échauffement de la pièce de tissu, la soulève alternativement d’un côté puis de l’autre dans un mouvement de rotation infinie en forme de 8, le travail s’effectuant surtout en longueur. Leur principal inconvénient venait de la perte énorme d’énergie occasionnée par le choc des maillets dans la pile. En effet, les 4/5 de l’énergie étaient perdus dans l’ébranlement de la structure, et de l’usine hydraulique. Ce moulin devait être très solide pour pouvoir durer. Au Pays de Galles, Parkinson (1985, p.45) constate que les moulins à foulon en ruine ont tous leurs piles à maillets appuyées contre un mur porteur de l’usine. Les 30 à 36 coups minutes encaissés par les murs, et ce durant plus de 12 heures d’affilée en sont certainement la cause.

2.3 - Les moulins à foulon à maillets à attaches obliques


Cette deuxième famille de mécanismes a connu une diffusion apparemment bien plus restreinte que celles des moulins à maillets pendulaires. Quelques spécimens ont été signalés au Portugal par Veiga de Olivera et Galhano en 1960, d’autres ont été étudiés en Roumanie. Le moulin moderne à ossature en fonte construit (à la fin du XIXème siècle) par le constructeur anglais Kilburn, s’apparente à ce groupe. Ce mécanisme a aussi servi à la fabrication de feutres épais notamment à l’usage des papetiers. A la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle, l’industrie du chapeau de feutre fut une grande utilisatrice de ce type de moulin. La chapellerie Tirard Frères, à Nogent-le- Rotrou, dans l’Eure-et-Loir,  présente au début du XXème siècle, une batterie de foulons à maillets obliques actionnés par un système bielle-manivelle.


 
Nogent-le-Rotrou (Eure et Loir). Chapellerie Tirard frères. Atelier de foulage mécanique vers 1900 -
Collection JPH.Azéma


La chapellerie “Chapeaux de France” de Montazels (Aude) a récemment procédé à la restauration de foulons à maillets à attaches obliques. De marque Radice et Cie, fabricant à Monza (Italie) ils ont les queues de mail et la pile en fonte. Les têtes de mail sont en bois, ainsi que la garniture des pots à fouler. Au début du XXème siècle, Monza était la capitale mondiale du chapeau de feutre.

2.4 - Les moulins à foulon pour les draps grossiers à pilons verticaux.


Ils sont une variante technique directement issue de leur emploi dans les moulins à vent de Flandre et des Pays Bas. Ils ne connurent qu’une diffusion de faible ampleur.
Ces mécanismes possèdent de grands pilons de bois soulevés par les cames fixées sur un arbre horizontal. Ces derniers tombent verticalement dans un pot à fouler creusé dans de grosses pièces de bois. Ce mécanisme fragilise le tissu, et le perce, si la pâte n’est pas régulièrement remuée. Le moulin à pilons verticaux, de type hollandais ou allemand, a été introduit en France en 1666 par Van Robais, à Abbeville, dans un moulin à vent octogonal. Il fut ensuite transféré, en 1690, dans un moulin hydraulique, à Ansennes-sur- Bresles.

2.5 - Moulins foulons à cylindres


Comme de nombreuses machines utilisant le mouvement alternatif, le moulin à foulon finit par se transformer en machine fonctionnant avec un mouvement rotatif continu. En 1831, Vouret de Louviers, fait breveter un tambour cylindrique dans lequel se meut un excentrique à cames. Deux ans plus tard, l’Anglais John Dyer de Trouwbridge, patente une machine dotée de rouleaux tournants et pressants pour fouler les draps. Ce modèle est importé en 1838 par les fabricants rouennais Hall, Powell et Scott (Cormeille, 1873).
L’adoption des foulons à cylindres se fit parfois par nécessité de satisfaire aux produits demandés par le marché, mais aussi à la suite d’accidents dramatiques. Ainsi en fut-il aux Moulins Lerry (Cardiganshire), vers 1870, après qu’un ouvrier foulonnier, glissant sur le sol gras, tomba sous les maillets du foulon (Parkinson, 1985, p.45).
De nos jours le drap de Bonneval, fabriqué par la famille Arpin à Séez (Savoie) réputé pour la fabrication de culottes de montagne, est encore foulé pendant 3 heures dans un foulon à cylindres. 

3- QUELLE VALORISATION POUR LES MOULINS A FOULON EUROPEENS?


Après 900 ans d’activités ininterrompues, les moulins à foulon ont pratiquement disparu des paysages industriels et de la mémoire européenne. Leurs vestiges sont rares.
De nos jours, en France, les derniers moulins à rester en activité oeuvrent au service d’entreprises de chapellerie, dans l’Aude ou en Béarn, où le foulage des bérets s’effectue par lot de 400, dans des moulins foulons. Quelques rares tentatives de valorisation culturelle ont été engagées. Deux exemples sont à signaler. Tout d’abord en Aveyron, le moulin du Pont-Vieux à Saint-Jean-du-Bruel. Construit au XIIIème siècle au pied du versant Nord des Cévennes, en rive droite de la Dourbie, au coeur du village, il s’arrête en 1986. La commune l’achète en 1992. Après la constitution du nouveau PNR des Grands Causses, en 1995, il est rénové et rebaptisé “Noria”.
Inauguré le 24 juin 2000, il abrite la reconstruction hasardeuse d’un moulin foulon. Aucune animation n’est possible avec un mécanisme si étrange qui se découvre par une galerie métallique qui le domine.
Le deuxième site est celui du moulin de Gaumier à Cugand (Vendée). Installé en rive gauche de la Sèvre Nantaise, il s’est arrêté en 1955. En 1984, Benoît Dufournier, le redécouvre et signale l’intérêt de ce bâtiment exceptionnel. Acheté en 1998 par le Conseil Général de Vendée, le moulin foulon est remis en marche en 2001. L’une de ses particularités est la roue hydraulique à aubes qui fait aussi office de roue élévatrice des eaux. L’avenir de ce moulin ainsi restauré, ne semble pour l’heure pas totalement assuré. En effet, aucune structure permanente n’a été mise en place pour le faire fonctionner, et l’ouvrir au public de manière régulière








 
      Machine à fouler à cylindres en 1874. Turgan :
                    les grandes usines tome V. 
                        Collection JPH Azéma.








Conclusion

Aujourd’hui tombé dans l’oubli, après avoir révolutionné les processus de fabrication des tissus de laine, le moulin à foulon reste encore méconnu. Au-delà des seules recherches historiques, il reste à restituer tous les aspects d’histoire des techniques, sociaux et géographiques,  économiques et industriels, qui ont présidé aux destinées d’une machine de production textile originale.



Sources : Jean-Pierre Henri AZEMA - Article paru dans le Monde des Moulins - N°20 - avril 2007 - www.fdmf.fr/.../347-le-moulin-a-foulon-premier-moulin-de-l-industrie-textile-lainier...







 
Le cardeur

 



Le mot cardage dérive de chardon, plante hérissée de piquant qui pousse le long des chemins. Dans ses déplacements, il n'est pas rare qu'un troupeau de moutons se frotte contre des chardons et y accroche quelques flocons de laine.
Les pâtres d'autrefois frottaient les toisons avec des bouquets de chardons pour obtenir une laine plus souple et propre. Puis on a utilisé le peigne à carder, planche de bois garnie de pointes de métal. Les premières « cardeuses » industrielles étaient équipées de chardons. Ce procédé était encore utilisé il y a quelques années pour le cardage de certaines laines fragiles (mohair).
Une espèce de cardère fut cultivée : les têtes de Dipsacus fullonum, une fois séchées, étaient utilisées pour carder la laine - d'où le nom de « cardère à foulon ». C'est cette particularité qui est à l'origine du nom français « cardère » attribué au genre.


 
La cardère, ancêtre de la machine à lainer



Durant le Moyen âge et jusqu’à la fin du XIXème siècle, la cardère était activement cultivée par l’homme. En effet, les chardons de la cardère étaient employés comme outils de travail pour démêler les fibres de laine. Cette plante a d’ailleurs prêté son nom à l’expression « carder la laine ». Les têtes de cardères étaient assemblées sur des sortes de peignes surnommés « croisées » que l’on utilisait manuellement pour brosser les tissus en laine.

Un cardeur est un ouvrier dont l'ouvrage consistait à peigner les matières filamenteuses et textiles à l'aide d'une carde, afin de démêler et d'étirer leurs fibres pour en faciliter le filage.
Le cardeur passait le plus souvent à partir du printemps pour découdre les matelas, carder les fibres textiles et recoudre les matelas. L'artisan se déplaçait avec sa carde au domicile du client et travaillait le plus souvent à l'extérieur à cause de la poussière dégagée.
D’autres appellations sont aussi usitées: l'aboureur, le cardonnier, le drousseur, le louveteur
C'est un métier que l'on retrouve au côté des teinturiers, foulons, et tisserands en soie et en draps.

Le cardage à la main se faisait autrefois avec la tête épineuse d'un chardon, appelé "cardère".


 
Peigne à carder avec ses cardères


Mais le chardon a peu à peu été remplacé par des cardes en fer. Il s'agit de deux outils munis d'un manche et recouvert de nombreuses pointes recourbées, appelées "habillage de la carde". Les cardes devaient posséder 48 dents en largeur et avoir la marque du fabricant. Cette marque permettait de désigner le responsable de cardes défectueuses pouvant nuire à la qualité de la laine. Dans ce cas, les cardes étaient brûlées devant la maison du fabricant. Le cardier était le fabricant de cardes .



             
                                                Peignes à carder la laine                                                    Cardes à laine


Le cardage est en effet une opération délicate. Le cardeur travaillait sur un chevalet en bois avec une partie en creux aménagée pour y mettre la laine. Le dessus du chevalet permettait d'y attacher une des cardes en plaçant la pince en bas et le talon en haut. Le cardeur tenait l'autre carde à deux mains dans le sens contraire et peignait la laine jusqu'à ce que les petites pointes métalliques dispersent les fibres. Il existait une variété de cardes en fonction de l'avancée du travail: les "placqueresses" pour le premier travail, les "étocqueresses" pour le second, et enfin les "repasseresses" pour le travail de finition.
Par la suite, ces opérations manuelles ont été mécanisées avec l'invention de la cardeuse où les cardes tournent à des vitesses différentes pour que les petites pointes des brosses dispersent les fibres de la toison. Cependant les cardères servent encore à "peigner" les draps, c'est à dire à les gratter pour les rendre pelucheux.



 


Les premiers statuts des cardeurs remontent au XIVème siècle. Leur travail consistait à carder, peigner, arçonner la laine et le coton, couper le poil de castor, de lapin, teindre ces matières et les apprêter de façon à ce qu'elles puissent être mises en œuvre. Selon les termes usités, le cardeur devait savoir "croquer, bouter, drecier".
La formation durant 3 ans comme l’atteste l’Encyclopédie Diderot, il s’agit d’une corporation réglementée :


Définition de « cardeur » selon L’Encyclopédie, 1re éd. Texte établi par D’Alembert - Diderot, 1751 (Tome 2, p. 677)


CARDEUR, s. m. ouvrier qui carde la laine, le coton, la bourre,

La communauté des Cardeurs de Paris est assez ancienne ; ses statuts ou réglemens ont été confirmés par lettres patentes de Louis XI. du 24 Juin 1467, & depuis par autres de Louis XIV. du mois de Septembre 1688, & enregistrées au parlement le 22 Juin 1691.
Par ces statuts & réglemens, les maîtres de cette communauté sont qualifiés Cardeurs, Peigneurs, Arçonneurs de laine & coton, Drapiers drapans, Coupeurs de poil, Fileurs de lumignons, &c.
Aucun ne peut être reçû maître qu’après trois ans d’apprentissage, & un de compagnonage, & sans avoir fait le chef-d’œuvre prescrit par les jurés.
Il y a toûjours à la tête de la communauté des Cardeurs trois jurés en charge, établis pour veiller & réformer les abus & malversations qui peuvent s’introduire dans le métier, & défendre les intérêts de la communauté. L’élection des jurés se fait d’année en année ; savoir, la premiere de deux, & la suivante du troisième.
Outre le pouvoir attribué aux maîtres Cardeurs de Paris, de carder & peigner la laine ou le coton, de couper toute sorte de poil, de faire des draps, &c. ils ont encore, suivant ces mêmes statuts, celui de faire teindre ou de teindre dans leurs maisons toute sorte de laine, en noir, musc, & brun : mais il leur est défendu par arrêt du conseil du Roi du 10 Août 1700, d’arracher ou couper aucun poil de lievre, même d’en avoir des peaux dans leurs maisons, n’étant pas permis aux Chapeliers d’employer de cette sorte de poil dans la fabrique des chapeaux.



Ceci est le règlement de Paris, et date des années 1691 :


(…) Par ces statuts & réglemens, les maîtres de cette communauté sont qualifiés Cardeurs, Peigneurs, Arçonneurs de laine & coton, Drapiers drapans, Coupeurs de poil, Fileurs de lumignons. Aucun ne peut être reçû maître qu’après trois ans d’apprentissage, & un de compagnonage… Outre le pouvoir attribué aux maîtres Cardeurs de Paris, de carder & peigner la laine ou le coton, de couper toute sorte de poil, de faire des draps, &c. ils ont encore, suivant les mêmes statuts, celui de faire teindre ou de teindre dans leurs maisons toute sorte de laine, en noir, musc, & brun…


Contrat d'apprentissage de cardeur, peigneur de laine, 1681

«  Le 25 novembre 1681 après midy, devant nous Mathurin Thoret notaire du duché de Brissac résidant à Denée, furent présents establis et duement soumis Françoise Bertran veuve defunt François Robin, demeurante à présent domestique en la maison noble de Jean Dureux escuier sgr de la Grignonière paroisse de Mozé d'une part, et Jean Guyon marchand cardeur et peigneur de laine, demeurant Angers paroisse de la Trinité d'autre part, entre lesquels a esté fait le marché d'apprentissage conventions et obligation qui s'ensuivent, c'est à scavoir que ladite Bertran a baillé et baille par les présentes audit Guyon acceptant qui a pris et accepté en sa maison Pierre Robin fils d'icelle, pour le temps et espace de 3 années entières et consécutives qui ont commencé ce jourd'huy et finiront à pareil jour à la charge dudit Guyon qui a promis et s'est obligé et oblige par ces présentes luy montrer et enseigner fidèlement sondit métier de cardeur et peigneur et autres choses licites et honnestes et autres choses qu'il peut scavoir concernant ledit métier sans en receller aucune chose, mesme luy monstrer et enseigner [à piquer et garnir] les matelas quand il en fera et sera employé à faire et ce sans que pendant ledit temps iceluy apprentif se puisse (trou) ailleurs aller travailler pendant ledit temps sans le consentement dudit Guyon, le présent marché fait pour et moyennant le prix et somme de vingt et quatre livres tournois qu'icelle est obligé promet et s'oblige payer bailler audit Guyon dans le jour et feste de Saint Jean Baptiste prochain et outre ladite est obligé s'oblige comme dit est fournir et bailler audit Pierre Robin son fils absent et de présent demeurant en la maison dudit Guyon à qualité d'apprentif, d'habits, hardes chaussure tant sabots que soullières, pendant ledit temps et sans que ledit [preneur] soit tenu qu'à le coucher en sa maison, nourrir et faire reblanchir son linge, accordé qu'après que ledit apprentif soit d'aventure quinze jours consécutifs malade, pendant ledit temps icelle Bertran luy paiera la nourriture si mieux elle n'aime ... et faire traiter et médicamenter à l'hôpital St Jean, auquel marché et ce que dit est tenir etc garentir etc à peine etc dommage etc s'oblige ladite establie elle ses hoirs etc biens etc renonçant dont etc fait et passé maison dudit sieur de la Guignonière paroisse de Mozé présents René Rontart sieur de la Plante demeurant dite paroisse et Michel Marest tissier en toile demeurant audit Denée, tesmoings, lesdites parties ont dit ne scavoir signer auquel Guyon elle fournira copie des présentes à ses frais dans huitaine. Signé Marest, Rontart, Thoret » 


Du chardon au XXe siècle ...



     

                                         










       
La première machine vers 1800, utilisant  les chardons à foulons 




Au XIXe siècle les machines à lainer comportaient encore des peignes en cardères. Cette utilisation déclina, la cardère ne fut plus utilisée que pour des marchés de niches (étoffes particulières).




Puis au XXème siècle, l’apparition des machines à lainer a mis fin à l’exploitation de la cardère.






















                                                       Machine à carder la laine
 





























Machine à carder de 1952






Sources :

 
  • "Les tisserands de laine" paru dans la revue Nos Ancêtres Vie & Métiers n°4 (2003)
  • http://www.odile-halbert.com/Metier/foulon.htm
  • L’Encyclopédie, 1re éd. Texte établi par D’Alembert - Diderot, 1751 (Tome 2, p. 677)