18 - le Temple




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EPOQUE CONTEMPORAINE



Successivement à l’Edit de Nantes, signé en 1598, qui reconnaissait le droit de culte à la religion protestante, les temples ont fait leur apparition. De nombreux temples ont été détruits après la révocation de l’Edit de Nantes en 1685, qui avait octroyé le droit d’exercice du culte aux protestants. En 1791, la liberté de culte est rétablie .
En ce qui concerne le temple d’Aouste, c’est le 13 Août 1833 que fut délivrée l’autorisation royale de construire le temple sur le terrain de M. Latune. Le devis s’élevait à 9218 f. Une aide du « Ministère de la justice et des cultes » de deux fois 1500f et une fois 600f a été perçue pour sa construction.
Le bâtiment très simple est de forme rectangulaire de 9 m sur 16 m ; 8,2 m de hauteur sous plafond, il n'a pas nécessité de plan détaillé,. Le temple devait accueillir 300 personnes assises.
Le temple sera fonctionnel en 1836.

Quatre pasteurs célèbres ont marqué l’histoire locale :

- Daniel Charmier brillant orateur au milieu de XVIIeme siècle, ami du pasteur aoustois De La Faye (fils)

- Tommy Fallot: initiateur de « Christianisme social » à la fin du XIXeme siècle. 70 ans plus tard, son neveu rappelait que « De ses paroissiens pour la plupart modestes cultivateurs ou, à Aouste, ouvriers d'une papeterie ou de fabriques de soie, une communauté fraternelle »

- Marc Boegner, neveu du pasteur Fallot, académicien, a débuté son ministère à Aouste en 1905. « Il a été l'une des plus grandes figures du protestantisme français, l'un des principaux ouvriers du mouvement œcuménique ».
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Roger Chapal , pasteur de 1936 à 1946, il protégea les Juifs, aida les Résistants avant de composer, avec talent, des chants et de la musique religieuse très connus.


 

          

Tomy Fallot initiateur du christianisme social et Marc Boegner


 

 


1683/1906 LES TEMPLES A AOUSTE-SUR-SYE

 


  
Située sur les importantes voies de communication entre Provence et Dauphiné, assez facilement accessible depuis l’Italie, la Drôme a, de tous temps, été influencée par de grands mouvements d'idées. Les cathares et les vaudois y ont déjà critiqué la théologie catholique. à partir de 1550, les guerres de religion marquèrent l’histoire locale, avec entre autres, la destruction des monastères et couvents par le duc de Montbrun. Dans le Valentinois, le début des guerres religieuses pourrait être daté de 1562 avec la prise de la ville par le Baron des Adrets. L’Édit de Nantes (1598) semble être un compromis très politique rapidement mis à mal par la prise de pouvoir de Louis XIII.
 
Vers 1675, en France, malgré les brimades, les vexations, les restrictions de célébration du culte (comme les interdictions de sonnerie de cloches) et les exclusions de responsabilités politiques, la population protestante était encore nombreuse ; des Aoustois se souvenaient encore du séjour du pasteur Daniel Charmier officiant en 1659, brillant orateur et gendre d'un éminent théologien genevois. à partir de 1681, la discrimination prend de nouveaux aspects, avec une requête à l’Intendant royal pour obtenir que « la recette des tailles soit donnée à un catholique et non à un réformé » (1). En mars 1681, quelques catholiques, aidés par des cavaliers, envahissent et saccagent le temple, jettent le mobilier et la Bible à la rivière, leurs actes seront impunis. Les protestants sont progressivement exclus de toutes les fonctions officielles. En 1681 et 1682, à Aouste, les curés, châtelains, consuls et notables « certifient pourtant la vie paisible des religionnaires » (1).
En 1683, sur ordre de Daniel de Cosnac intriguant évêque de Valence (à l’âge de 24 ans !) et aumônier de Monsieur, frère du roi, les temples d’Aouste, Montclar, Vercheny, Bouvière, Saillans sont détruits (deux ans avant l’édit de Fontainebleau révoquant l’édit de Nantes).
à Aouste, on renforcera la surveillance de la cité pour « pour empêcher les surprises qu’il pourrait arriver sur les bruits des assemblées que les nouveaux convertis font en divers endroits » (22 février 1689) et le consul dresse aussi procès verbal « contre ceux qui ont lu à haute voix, dans une maison particulière, les psaumes et prières des anciens de la religion réformée ». Le 9 mai 1689, l’Intendant oblige les nouveaux convertis à envoyer leurs enfants aux écoles catholiques et « l’emplacement du temple d’Aouste sera donné à la commune pour bâtir l’église neuve » (1)… 
Tout est fait pour éradiquer le protestantisme : impôts supplémentaires, exclusions professionnelles (santé, éducation, administration, etc.), interdiction des livres religieux, interdiction de culte, surveillance et dénonciations, destruction du temple, obligation d’éducation catholique, cimetières distincts, sans parler des adjurations forcées sous peine de pendaison. Ainsi à Aouste, de 1678 à 1767, près de cent familles y seront contraintes (abjuration des personnes de quinze ans jusqu’à quatre-vingt-dix ans). Sur la région de Crest, les dragonnades débutent en 1683 pour se terminer en 1694. Deux Aoustois ayant refusé de se convertir ont été condamnés aux galères ; le tailleur Antoine Rialle y est resté de 1745 à 1773, il a été libéré après abjuration. En 1736, le procès verbal de visite par Joseph de Cosnac, évêque et petit-neveu du précédent évêque, indique qu’à Aouste il y a « une population catholique de 160 familles et 80 nouveaux convertis ». Malgré les risques, les difficultés, les peines encourues (envoi aux galères, condamnation à mort), certains protestants refusent de renier leur foi. Très influencés par la petite prophétesse de Saoû, Isabeau Vincent, ils se réfugient au Désert, fuient en Suisse, en Allemagne ou en Hollande : cette guerre civile a fait dire à Michelet qu’il n’y a « rien de semblable dans toute l’Histoire du monde ». Les archives communales (disposant d’une partie des archives paroissiales antérieures à la Révolution) conservent une affiche signée Jean Antoine Jomaron, Conseiller du Roy et trésorier de France à Grenoble, cette affiche « à apposer à la porte de l’église paroissiale d’Aouste » est datée de 1746 : elle indique les «Biens des religionnaires fugitifs à affermer ». Quatre noms de « religionnaires » y figurent : Pierre Chabert, Anne Brachet, Suzanne Point, Charles Guérin… (1) : « Désastre politique, moral et économique ».
Il faudra attendre 1795 pour que la liberté de culte soit rétablie en France, le Concordat de 1802 organiser aussi le culte protestant.

 

 Le Temple en 1910




 Divers textes, à partir de 1834, traduisent les étapes de la construction du temple actuel :
En 1835 le consistoire de Crest demande au Ministère des cultes et de la justice la construction d’un temple en bordure de la route royale 93 reliant Valence à Sisteron, l’autorisation royale est datée du 13 août 1835.
Le terrain (3 ares 2 centiares) a été cédé par M. Latune, papetier habitant à Crest, pour la somme de 520 francs.
Le devis estimatif note aussi :
« Le temple doit contenir 300 personnes assises, …dimensions : 16 mètres de longueur, 8 mètres de largeur, hauteur sous plafond de 8 mètres …. La construction est si simple qu’on juge inutile d’en faire un plan ».
La souscription volontaire a rapporté la somme de 4232 francs, le devis est de 9218 francs.
En 1836 et 1837,  « les secours d’état fournis par le garde des sceaux, Ministre de la justice, secrétaire d’état et de la justice et des cultes » s’élèvent à deux fois 1500 francs (2).
En 1838, autre « secours d’état » de 600 francs (2).
1856 : 251 habitants sur 1254 sont de religion réformée (3) et, en 1861, 300 réformés sur 1215 habitants (4).
 
La construction fut suivie par le premier pasteur nommé à Aouste, Pierre Servières, né à Nîmes le 30 mai 1808. Il était connu pour « sa moralité, sa piété, sa conduite, ses talents oratoires, et sa doctrine ». Il fut installé dans sa nouvelle paroisse le 20 juin 1834. Il desservait alors Mirabel-et-Blacons, Piégros-la-Clastre, Lambres, Divajeu, Chabrillan, Auriples, Soyans, Francillon, Puy-Saint-Marin, Saoû et Célas. Quelques années plus tard, le pasteur d’Aouste a seulement en charge les communes de Mirabel-et-Blacons, Saoû, Puy-Saint-Martin, Grâne (5).
 
Par ailleurs, l’exercice des cultes religieux est strictement contrôlé par le préfet, que ce soit la célébration des fêtes officielles, la composition du conseil presbytéral, les indemnités de logement ou la réfection des peintures (5). C’est ainsi qu’une lettre du sous-préfet de Die demande en 1844 à la mairie d’Aouste, de fixer à 300 francs l’indemnité de logement du pasteur, compte tenu que le prêtre résident perçoit, « depuis un temps immémorial » une indemnité de logement de 200 francs et que le pasteur doit se déplacer dans diverses communes : Aouste réglera 125 francs, Mirabel 50, Saoû 75, Puy-Saint-Martin et Grâne 25 chacune (6).
Les deux pasteurs les plus connus qui ont desservi le temple d’Aouste sont Tommy Fallot de 1895 à 1904 - le promoteur du Christianisme social et de la lutte pour le relèvement de la morale publique - et son neveu Marc Boegner qui, de 1905 à 1911, sera l’apôtre de l’unité des chrétiens (7).
Suite à la loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905, le président du consistoire de Crest, M. Faure, transférera le 23 mai 1906 à l’Association dite Église Réformée d’Aouste représentée par M. Boegner et M. Latune Charles « les biens mobiliers et immobiliers » ; biens répertoriés dans l’inventaire effectué par M. Fontaine inspecteur des domaines à Valence.
 
Sources :
 
(1) – Archives Communales Aouste : 1594-1790 : BB 19 et GG 10.
(2) - Copies d’actes originaux et du devis détaillé de la construction.
(3) - Abbé Vincent, Aoste, imprimerie M. Aurel, 1856, (réimpression 1990, C.
Lacour Nîmes).
(4) - Archives départementales : recensements Aouste 2MI 2842/R1.
(5) - Courriers concernant les cultes : Archives Communales : MN 24.
(6) - Délibération Conseil Municipal 22 septembre 1844.
(7) - Voir infra l’étude effectuée par l’association Histoire et Patrimoine Aoustois.
 
A Consulter :
        Relevés d’abjurations des protestants d’Aouste :
        http:// huguenots-France.org/France/dauphine/aouste/abjurations.htm
        http://pedagogie.ac-toulouse.fr/culture/religieux/ednantrevocation/htm
        Eugène Arnaud : Histoire des protestants de Crest,  Ed. Grassart, Paris, 1875
        Mémoires de frères Gay de Die pour servir l’histoire des guerres religieuses en
Dauphiné au XVIe s : Gallica.bnf.fr
        Voir aussi la liste nominative, les motifs et les communes d’origine des condamnés
aux galères : Musée du Désert, le mas Soubeyran à Mialet (30) et Musée du
Protestantisme à Poët-Laval (26)


 

 René Descours



 

Achat du terrain pour la construction du temple en 1835