22 – Rue des Moulins – Rochefort - Baie à meneaux du XIV°





Voir aussi les documents joints :

  • Les passages sous voûte
  • Habitation sur voûte
  • Le chasse-roue
  • L'impôt sur les portes et fenêtres
  • Le moulin à eau
  • Les meuniers autrefois





Cette rue desservait un moulin à farine actionné par l'eau, c'était un lieu d'activité important du village, vous pouvez aussi voir les passages sous voûte caractéristiques des rues du Moyen Âge. La baie au dessus de vous rappelle que, depuis 1798, de nombreuses baies à meneaux ont été supprimées pour éviter le paiement d'un double impôt sur ce type d'ouverture: on peut remarquer que les constructions sur voûte contournaient aussi l' imposition sur la surface au sol des bâtiments !

Si vous observez les angles de certaines rues, au sol, vous voyez la présence de « chasse-roues » évitant la détérioration du bâtiment par les roues de charrettes et tombereaux.


 

        

                                      Fenêtre à meneaux                                                                         Le moulin en 1913




 

LES PASSAGES SOUS VOÛTE
 





 



HABITATION SUR VOÛTE




Ce genre de construction est le dernier témoin des constructions de type médiéval qui surplombaient autrefois la rue. Il remonte à l’époque où la ville close, ne parvenant pas à contenir sa population, avait eu recours à ce moyen pour étendre son domaine habitable, à l’image de Paris et d’autres villes qui construisaient sur leurs ponts.
Des constructions similaires sont encore visibles au fil des rues du vieux village. Certaines ont disparues au XIX° siècle, victimes de transformations ou d'aménagements.












Rue du lavoir 












                                                                                                            Rue de l’hôpital





 




LE CHASSE-ROUE




Un chasse-roue, appelé aussi chasse-moyeux, est une pièce métallique ou en pierre située au pied d'une porte cochère ou d'un mur et qui est destinée à empêcher les roues de détériorer le mur. On le désigne également par boute-roue ou bouteroue et il a parfois pour synonyme garde-grève (garde-heurt en Normandie).

Les chasse-roues se sont développés depuis l'Antiquité pendant toute l'époque des transports avec des voitures ou charrettes à cheval.
La conduite de ces véhicules était parfois délicate pour un cocher malhabile ou avec des chevaux rétifs. De plus, les roues et notamment leur moyeu dépassait à l'extérieur du véhicule. Le risque était donc élevé que la roue ou son moyeu heurte et dégrade les montants d'une porte cochère ou le coin d'un mur. Au Moyen Âge, les chasse-roues sont généralement des murets aménagés à la base du parapet d'un pont ou des bornes demi-circulaires appelées bornillon.
Le chasse-roue remettait « dans le droit chemin » le véhicule... moyennant une forte secousse pour les passagers !
De très nombreux exemplaires ont été implantés dans le cadre du style haussmannien, par exemple à Paris.
Ce sont des pièces le plus souvent métalliques en forme d'arc, de boule, de cônes ou de motif décoratif original. Il existe aussi des modèles en pierre dure, avec une forme inclinée pour rabattre les roues vers l'intérieur.

Autres localisations de chasse-roues, généralement en pierre de forme inclinée ou conique :

  • Entrée des portes de fermes, franchies par des lourds chariots chargés de foin par exemple.
  • Angles de mur à l'intersection de deux rues (avant l'implantation des trottoirs). Dans ce cas, ils étaient souvent dans la même pierre que le mur et en constituaient en quelque sorte un prolongement.
  • Virages de routes campagnardes ou le long de parapets de ponts.
  • Virages en montée. Dans ce dernier cas, ils permettaient aussi au cocher d'arrêter le véhicule pour laisser souffler les chevaux.

Les chasse-roues en pierre étaient souvent cerclés d'un anneau métallique pour diminuer l'usure.
En ville, les chasse-roues sont devenus obsolètes depuis longtemps. Mais construits sous forme d'un arceau en métal plein ou en pierre, ils sont difficiles à détruire ou gardés pour leur intérêt historique.

          
 

Une rue agrémentée de chasse-roues



Un autre ouvrage caractéristique d'angle de mur : les "pisse-pas-là". Ces ouvrages sont destinés à préserver les angles des murs de l'urine des passants. Il en existe différents modèles plus ou moins efficaces.
 




 



L'IMPÔT SUR LES PORTES ET FENÊTRES





L’impôt sur les portes et fenêtres ou impôt sur les fenêtres est un type d’impôt basé sur le nombre des fenêtres et/ou des portes des bâtiments. En France, l'impôt sur les portes et fenêtres a été mis en place par le Directoire, pendant la Révolution, le 4 frimaire an VII (24 novembre 1798), et supprimé en 1926..
Cet impôt fait partie des « quatre vieilles » contributions directes, avec la contribution foncière, la mobilière, et la contribution des patentes, toutes trois établies par l'assemblée constituante de 1789. Son assiette était établie sur le nombre et la taille des portes et fenêtres. Il ne touchait ainsi que les propriétaires, et introduisait une sorte de proportionnalité, les plus aisés payant également plus d'impôts. Sa création fut accompagnée de celle d'un autre impôt du même type, l'impôt sur les parcs et jardins
Il ne touchait pas les ouvertures des bâtiments à vocation agricole, ni les ouvertures destinées à aérer les caves (soupiraux) ou pratiquées dans les toits (lucarnes, vasistas). Les bâtiments publics n’étaient pas imposés non plus.
Cet impôt fut accusé de pousser à la construction de logements insalubres, avec de très petites ouvertures, donc sombres et mal aérés, et il conduisit à la condamnation de nombreuses ouvertures, ainsi qu'à la destruction, par les propriétaires eux-mêmes, des meneaux qui partageaient certaines fenêtres en quatre, ce qui augmentait substantiellement l'impôt. Étaient aussi construites des fausses-fenêtres, sans ouverture pour échapper à l'impôt, avec parfois des dessins en trompe-l'œil.
Dans le système censitaire de la monarchie de Charles X, le cens était calculé essentiellement sur la foncière, pour favoriser un corps électoral de grands propriétaires. En 1830, peu avant la révolution de juillet, une nouvelle restriction supprime totalement la patente et l'impôt sur les portes et fenêtres du calcul du cens, privant d'accès au vote la bourgeoisie urbaine.
Dans l'entre-deux-guerres, comme il conduisait à une double taxation avec l'impôt sur le foncier bâti, qu’il était d’un faible rapport (60 millions de francs français par an à sa suppression), il faisait l'objet de dispenses pendant 10 ans pour les habitats sociaux (H.B.M) depuis le début du siècle, et sous l'influence des hygiénistes, sa suppression fut obtenue en 1926.


Dominique Ramel, dit Ramel de Nogaret, député de l'Aude et ministre des Finances du Directoire, remet à plat le système fiscal hérité de la Révolution.
Après la « banqueroute des deux tiers », il instaure le 24 novembre 1798 un nouvel impôt sur les portes et fenêtres, qui a l'avantage de pouvoir être établi depuis la rue par les agents du fisc sans contestation possible. Il fait référence à un précédent britannique et mieux encore à l'ostiarum, un impôt créé par Jules César !
Croyant à une mesure temporaire, le gouvernement français réhabilite à cette occasion le nom ancien d'impôt au lieu du nom plus convenable de « contribution » introduit par l'Assemblée Constituante dix ans plus tôt. Dans les faits, le nouvel impôt ne sera aboli que par le Cartel des gauches, en 1926.
Dominique Ramel

Très impopulaire en France comme en Angleterre et dans les pays européens où les armées révolutionnaires vont l'introduire, l'impôt sur les portes et fenêtres a pour effet de réduire le nombre d'ouvertures dans les habitations, au détriment de la santé publique. À Londres, une hausse de cet impôt en 1820 a pour conséquence le développement du rachitisme, aussitôt qualifié de « mal anglais ». Autre conséquence dommageable : les fenêtres à meneaux héritées de la Renaissance sont détruites en masse car, pour les agents du fisc, elles équivalent à quatre fenêtres !
 

                                                                                                                                                                                  Dominique Ramel


 

Loi sur l'impôt sur les portes et fenêtres


Le 24 novembre 1798 (4 frimaire an VII), le gouvernement français créa une sorte d’impôt sur les signes extérieurs de richesse. La décision se présentait ainsi :

Article premier : Il y aura pour l'an VII une contribution réglée de la manière suivante :

Article 2 : Cette contribution est établie sur les portes et fenêtres donnant sur les rues, cours ou jardins des bâtiments et usines, sur tout le territoire de la République, et dans les proportions ci-après.

Article 3 : Les portes et fenêtres, dans les communes au-dessous de cinq mille âmes, payeront 0 fr 20; de cinq à dix mille, 0 fr 25 ; de dix à vingt-cinq mille, 0 fr 30; de vingt-cinq à cinquante mille, 0 fr 40; de cinquante à cent mille, 0 fr 50; de cent mille et au-dessus, 0 fr 60. Les portes-cochères et celles de magasins, de marchands en gros, commissionnaires et courtiers, payeront double contribution.

Article 4 : Dans les communes au-dessus de dix mille âmes, les fenêtres des troisième, quatrième et cinquième étages et au-dessus ne payeront que 0 fr 25.

Article 5 : Ne sont pas soumises à la contribution établie par la présente les portes et fenêtres servant à éclairer ou aérer les granges, bergeries, étables, greniers, caves et autres locaux non destinés à l'habitation des hommes, ainsi que toutes les ouvertures du comble ou toitures des maisons habitées.
Ne sont pas également soumises à ladite contribution les portes et fenêtres des bâtiments employés à un service public civil, militaire ou d'instruction, ou aux hospices.
Néanmoins, si lesdits bâtiments sont occupés en partie par des citoyens auxquels la République ne doit point de logement d'après les lois existantes, lesdits citoyens seront soumis à ladite contribution, à concurrence des parties desdits bâtiments qu'ils occuperont.

Article 6 : Les municipalités seront tenues, dans les dix jours de la réception de la présente loi, de faire, ou de faire faire par des commissaires, l'état des portes et fenêtres sujettes à l'imposition.


 

Une fenêtre obstruée rue des moulins





 

LE MOULIN A EAU




La plus ancienne machine à eau connue utilisant un système de bielles et manivelles est représentée sur un bas-relief du IIIe siècle après J-C à Hiérapolis en Turquie. Elle actionnait une paire de scies destinées à couper la pierre.

 

Croquis de la Machine à eau de Hiérapolis




Avant le moulin à eau

Depuis le Néolithique, l'homme cultive les céréales. Il se sédentarise, l'agriculture se développe. La farine devient alors la nourriture de base pour la confection de galettes ou de bouillies. La première technique utilisée fut le concassage : les grains sont écrasés entre deux pierres, puis en roulant une pierre ronde dans une pierre creuse, ensuite avec un pilon et un mortier. Les Egyptiens procédaient encore de cette manière là.

Il est difficile de déterminer quand et où la pierre cylindrique munie d'un manche fit son apparition, mais on en a retrouvé des exemples dans les ruines de Pompéi. Les moulins à eau apparurent probablement 2 siècles avant notre ère. Les Romains imaginèrent de les placer près des rivières et de faire tourner les meules en utilisant la force du courant par l'intermédiaire de grosses roues.


Au cours des siècles, le mouvement circulaire manuel ne cessa de se développer. On imagina d'introduire le grain par le centre évidé de la meule supérieure, ce fut le moulin à bras. On inventa des manèges auxquels on attelait des esclaves ou des animaux (chevaux, ânes, vaches) pour faire tourner des meules plus grosses. Ce furent les moulins à sang.


L'invention du moulin à eau


On ne sait pas précisément quand et où fut utilisé le premier moulin à eau, ni qui est son inventeur. Selon Marc Bloch, historien français spécialiste du Moyen Age, le moulin à eau serait le détournement d'un mécanisme d'irrigation, la noria. En effet, l'une des plus anciennes utilisations de l'énergie hydraulique est celle des roues élévatrices qui permettent d'amener une partie de l'eau servant à les mouvoir jusque dans des conduites d'irrigation.

La première mention d'un moulin à eau est faite en l'an 18 avant J.C. dans le palais que Mithridate avait fait construire à Cabire, dans le Pont. Si ce moulin date de la construction du palais, il remonterait aux années 120-63. Un peu plus tard, Vitruve décrit un moulin à roue verticale, puis Pline signale des moulins sur les rivières italiennes. Le moulin à eau est sans doute une invention du
bassin oriental de la Méditerranée; d'ailleurs Vitruve ne le connaît que sous son nom grec: hydraletes. Mais on ne possède que très peu de descriptions des mécanismes employés et l'on ne sait pas si ces moulins étaient à roue verticale ou horizontale.

On a cependant beaucoup discuté pour savoir si le moulin à eau avait été importé d'Extrême-orient, les premiers moulins à eau de Chine étant décrits vers l'an 31 de notre ère, ou s'il y avait été exporté par l'Europe Occidentale.

La corporation des meuniers, nettement différenciée, apparaît pour la première fois à Rome dans une inscription de 448.

Jusqu'au IVe siècle, on ne connaît que des exemples méditerranéens et gaulois, les restes archéologiques étant peu nombreux. Seul un texte d'Ausone, du IIIe siècle, fait mention d'un moulin sur un affluent de la Moselle.

Au VIe siècle, en Europe, les moulins à eau peuvent encore se compter sur les doigts de la main : celui de Dijon, celui de Nicet-sur-Moselle, celui de Genève.

En France, le nombre de moulins à eau connaît une extension énorme au Moyen Age, entre le Xe et le XIIIe siècle. « Invention antique, le moulin à eau est médiéval par l'époque de sa véritable expansion » écrit M.Bloch.

Les raisons de ce retard

La découverte du moulin à eau dans l'Antiquité n'est pas suivie d'une véritable expansion, bien que cette invention soit un énorme progrès technique. Les raisons sont données par deux historiens français : Marc Bloch, tout d'abord puis Charles Parain qui nuance les propos de son prédécesseur. Selon M.Bloch, « une invention ne se répand guère que si la nécessité sociale en est largement ressentie ». Ce qui n'est pas le cas dans l'Antiquité puisque les maîtres possèdent une main d’œuvre abondante et gratuite : les esclaves. C'est la fin des grands systèmes esclavagistes entre l'Antiquité et le Moyen Age et l'augmentation de la population dans les villes qui sont donc les causes principales du développement du moulin à eau. D'autres facteurs jouent aussi dans cette lente expansion du moulin à eau : la peur des caprices de la nature (gelées, inondations qui empêchent l'utilisation du moulin), la menace d'un siège (les assiégeants peuvent couper les cours d'eau et la ville est en péril si elle ne possède pas de moulins à bras) et enfin les déplacements des populations encore importants à cette époque.

C. Parain y rajoute un facteur agricole : l'expansion des cultures céréalières qui se développent sur les terres gagnées par le défrichement et le glissement de la culture des blés vêtus (épeautre) vers les blés non vêtus (seigle, froment) qui se prêtent mieux à la mouture.

Une innovation plus importante encore apparaît au XIe siècle. On connaissait depuis Héron d'Alexandrie, l'emploi des cames pour transmettre le mouvement. Equipé de ce dispositif, l'arbre horizontal de la roue hydraulique transforme celle-ci en un véritable moteur industriel, le seul en usage jusqu'à l'invention de la machine à vapeur.


L’expansion du moulin à eau à partir du Moyen Âge

• Diversification des moulins à eau

Le moulin à eau pouvait être utilisé directement par toutes les machines mues par un mouvement circulaire continu. Les moulins les plus anciennement connus sont des moulins bladiers et l'usage le plus courant du moulin à eau durant le Moyen Age est la mouture. D'autres moulins utilisent ce principe du mouvement circulaire : moulins à huile, moulins à pastel, moulins à tan (écorce de chêne pulvérisée utilisée pour la préparation des cuirs). Pour adapter le moulin à eau à d'autres industries, il fallait résoudre le problème de transformation du mouvement, ce qui fut rendu possible avec l'invention de la came qui permet de transformer le mouvement circulaire continu en un mouvement rectiligne alternatif. Cette adaptation du moulin à eau a donné naissance aux moulins foulons (foulage des draps pour leur donner de l'apprêt), aux moulins à chanvre, aux moulins à fer, aux scieries hydrauliques, aux moulins à papier (trituration des chiffons dans l'eau pour en faire de la pâte à papier).

• Enjeu de la possession du moulin à eau

Au Moyen Age, la plupart des moulins à eau sont d'origine seigneuriale ou dépendent de monastères, qui doivent nourrir une importante population. En effet, il faut disposer juridiquement du cours d'eau et pouvoir faire face aux frais de construction et d'entretien. Les paysans des alentours semblent trouver commode de venir y moudre leur blé. Cependant, à partir du Xe siècle, les seigneurs, usant de leurs pouvoirs de commandement (appelés le ban), instaurent à leur profit certains monopoles. Le plus ancien et le plus répandu de tous est celui du moulin banal : tout le blé récolté dans un certain périmètre du moulin, doit y être amené et moulu contre redevance. Cette redevance s'appelle le droit de banalité, reversée d'une part au maître de l'eau, le seigneur et au maître des meules, le meunier. Mais les meules domestiques, à mains, résistèrent longtemps à ce monopole. Le meunier ne possède pas le moulin qui appartient au seigneur, mais celui-ci lui donne des terres à cultiver pour sa propre consommation. Le meunier est tenu de tout le service qui incombe au moulin : entretien du canal, du bâtiment et des meules qui doivent être piquées régulièrement. Les revenus des meuniers ne sont pas très bien connus, on connaît simplement les droits de mouture qu'ils prélevaient. En 1152, un statut des consuls de Toulouse déclare que les meuniers ne pourront prélever qu' 1/16 du grain porté à moudre. Ce taux est très fréquent en France, on trouve aussi des taux de 1/24 ou 1/32. Il n'est en théorie pas permis aux meuniers de mesurer eux-mêmes leur droit de mouture, mais c'est souvent le cas.
Cependant, même à l'époque féodal, certains moulins étaient déjà en d'autres mains que celle des seigneurs. C'est le cas du Bazacle à Toulouse, qui possédait douze moulins au XIVe siècle et qui avait déjà la structure d'une société par actions : les pariers (actionnaires) possédaient une part du capital mesurée en uchaux (un uchau équivaut à 1/8 meule). A la Révolution, la vente des biens de l'Eglise et des nobles permet aux meuniers assez aisés de racheter leurs moulins à l'Etat. C'est aussi à partir de cette époque et surtout au XIXe siècle que des paysans en construisent pour moudre les céréales du hameau, du village ou parfois simplement pour leur famille.

Etat des moulins en 1809


 

D'après C. Rivals, Divisions géographiques de la France indiquées par une analyse de l'état des moulins en 1809, Toulouse, 1984.


Claude Rivals, professeur à l'Université de Toulouse Le Mirail, publie en 1984 une thèse sur les Divisions géographiques de la France indiquées par une analyse de l'état des moulins en 1809. En France, en 1809-1810, la proportion moyenne est de 1 moulin pour 300 habitants environ (moulins à eau et à vent) mais avec d'importantes disparités : on trouve 1 moulin pour 100 habitants en Lozère, 1 pour 105 en Corse, et jusqu'à 1 moulin pour 5015 habitants dans la Seine. La partie qui nous intéresse ici est celle concernant la répartition des moulins à roue horizontale et à roue verticale. Selon lui, le principe de chacune de ces roues est connu partout en France mais on observe une partition du pays en deux suivant le choix du récepteur :

La France du nord est le pays du moulin à roue verticale : vingt-quatre départements ne comptent pas un seul moulin horizontal comme on peut le voir sur la carte (départements en rouge).

Deux exceptions cependant : le Finistère et la Corse.

Le Finistère présente autant de moulins horizontaux que verticaux. Deux raisons à cette présence de moulins horizontaux : le nombre important de petits ruisseaux dans le Massif armoricain est favorable à l'installation de petits moulins à roue horizontale pour des hameaux ou des familles. D'autre part, le Finistère est une région de pêche et de commerce, et il se pourrait que le moulin horizontal soit issu d'une longue tradition attachée aux habitudes de construction des premières populations.

La Corse présente un comportement inverse : sur l'île, le moulin vertical est majoritaire alors que sur la côte méditerranéenne, c'est le moulin horizontal qui domine. La Corse ayant été achetée par la France aux Génois, il se peut que le moulin à roue verticale ait été introduit par des administrateurs ou artisans venus de Paris ou de France du nord.

La France du sud est le domaine du moulin à roue horizontale. Il est présent exclusivement dans six départements (en bleu sur la carte), et majoritairement dans vingt quatre autres. On constate que, à part quelques départements frontaliers (en jaune sur la carte), le domaine du moulin horizontal correspond à l'aire des pays occitans, établie par les linguistes et dialectologues. Le Midi connaît le moulin à roue verticale, il est même utilisé dans certaines installations du Bazacle, mais il ne lui accorde pas sa préférence. Le moulin à roue horizontale, plus simple et plus rustique, n'est pas forcément un signe d'archaïsme. C.Rivals pense que l'unité des pays occitans est le résultat « non seulement d'une communauté territoriale et linguistique comme on l'affirme ordinairement, mais aussi de traits communs en architecture et technologie, habitudes de construire maisons et machines... » .
Cependant, la carte des pays occitans englobe à la frontière nord le Puy-de-Dôme, la Haute- Vienne, la Dordogne et la Creuse où le moulin à roue horizontale n'est plus du tout majoritaire; il est même absent en Creuse. Le problème inverse se pose pour la Loire et l'Isère où la proportion de moulins horizontaux dépasse 70% mais qui n'appartiennent pas aux pays occitans.


D'autre part, C. Rivals effectue une comparaison entre les moulins à eau et les moulins à vent, qui apparaissent en France au XIIe siècle : en 1809, c'est le moulin à eau qui assure la plus grande partie de la mouture. En effet, le moulin à vent présente deux inconvénients majeurs par rapport au moulin à eau : son pouvoir d'écrasement est plus faible et le vent est une source d'énergie bien plus capricieuse et irrégulière que l'eau. C’est un problème majeur pour les meuniers. La sécheresse et les basses eaux, les fortes gelées qui durent sont une très mauvaise chose, les crues, une catastrophe. Un courant trop faible lors des grands froids qui gèlent la rivière et les mécanismes et qui entravent le fonctionnement du moulin.

Déclin du moulin à eau traditionnel

• L'invention de la turbine

La turbine est un nouveau moteur hydraulique, perfectionnement des roues horizontales. Le principe de la turbine est dû à Bélidor, mais c'est M. Burdin, ingénieur des Mines, qui leur a donné ce nom vers 1824 parce qu'elles tournaient à la manière d'une toupie (turbo). Il appliqua le premier une roue de ce genre dans la Manufacture Royale d'armes de Saint- Etienne.

On peut attribuer à Fourneyron, élève de M. Burdin, la construction de la première turbine d'usage industriel vers 1830. Il y apporta aussi quelques perfectionnements (turbine Fourneyron). Dans ce moteur, l'eau arrive sous pression et, par réaction, en sortant de l'appareil, fait tourner une roue horizontale noyée.

Lentement, les turbines remplacent les roues traditionnelles. Cependant celles-ci résistèrent aux premières turbines du fait de leur rendement comparable et de leur relative simplicité. Armangaud, ingénieur spécialiste des moteurs hydrauliques écrivait d'ailleurs vers 1860 : les roues verticales « ont l'avantage d'exiger peu de frais d'entretien, d'être faciles à réparer et de ne pas être bien susceptibles de se déranger. Il suffit souvent, en effet, de remplacer quelques aubes, de resserrer quelques boulons, et elles marchent ainsi des années entières sans aucune réparation ».

• Déclin du moulin traditionnel

Au commencement du XIXe siècle, il y avait en France plus de 75 000 moulins et usines hydrauliques fonctionnant avec des roues traditionnelles et il en restait encore 50 000 au début du XXe siècle.

La fin de la première guerre mondiale voit le début de l'exode rural, les enfants du monde rural partant à la ville profiter du travail dû à l'essor industriel. Peu à peu, les meuniers disparaissent faute de successeur pour reprendre le moulin et par manque de travail. D'autre part, le moulin traditionnel est concurrencé par de nouvelles techniques : les turbines se sont améliorées et affichent un rendement allant jusqu'à 70%, les cylindres se substituent aux meules, la machine à vapeur s'installe dans les minoteries... et les meuniers n'ont pas les moyens de moderniser leurs installations comme le font les grandes minoteries. En outre, en 1935, une loi fixant un contingent par moulin calculé suivant sa moyenne d'écrasement, puis en 1953 sa transformation en "droit de mouture" achèvent ceux qui ont survécu à la révolution industrielle.

Cependant, les moulins particuliers, c'est-à-dire appartenant à une ou plusieurs fermes et dont les paysans s'occupent eux-mêmes pour moudre le grain de leur propre consommation, ont survécu à l'invention des turbines et à la révolution industrielle jusqu'à la première guerre mondiale. Laissés quelque peu à l'abandon pendant l'entre deux guerres, ils ont été utilisés à nouveau pendant la guerre de 40 et jusque dans les années cinquante.

• Et aujourd'hui ?

La plupart des moulins à eau ont été abandonnés dans les années cinquante-soixante; très peu ont été conservés en état de marche par manque d'entretien et de rénovation. Les paysans de la génération des moulins à eau se souviennent d'un travail difficile et pénible quand il fallait porter les sacs de blé sur le dos ou piquer les meules, et la génération suivante préfère investir dans des techniques nouvelles plutôt que rénover des machines obsolètes et peu rentables. D'autres moulins ont été vendus par leurs propriétaires et transformés en maison de campagne! Cependant, quelques rares moulins à eau traditionnels continuent de tourner ou sont encore en état de marche pour moudre le grain destiné aux bêtes dans certaines fermes.

Depuis quelques années, des associations se sont créées dans le but de restaurer et de conserver ces moulins abandonnés qui font partie du patrimoine français. Des crédits ont été donnés par les régions, les départements mais aussi par certaines entreprises comme EDF ou l'Agence de l'eau. La restauration est confiée à des artisans et compagnons qui connaissent les techniques anciennes utilisées pour la construction des moulins.

Description du mécanisme

• L'alimentation en eau

Les moulins à eau "terriers" (par opposition aux moulins-bateaux) sont construits directement sur le cours d'eau ou, si le tracé du cours d'eau n'est pas propice à la construction, on capte l'eau et on l'amène jusqu'à l'endroit choisi par un canal de dérivation qui peut mesurer jusqu'à plusieurs centaines de mètres.

Pour pallier l'irrégularité du débit, certains moulins possèdent des bassins de retenue artificiels sur le canal d'amenée.

Un conduit, l'abée, relie le canal d'amenée ou le bassin de retenue au moulin. Ce conduit est fermé en aval par une écluse que l'on ouvre pour actionner la roue.

• Les roues

Pour que l'eau développe sa force motrice, il faut évidemment la diriger vers la roue qu'elle doit mettre en mouvement , par son poids ou par la manière dont elle en frappe les pales.

• Les roues horizontales sont placées sous le bâtiment percé d'arches pour permettre le passage de l'eau et on ne les voit pas :

* Dans les moulins à trompe, la roue porte des pièces de bois taillées de façon à présenter à l'eau une surface à la fois oblique et concave, appelées cuillers. L'eau est amenée par une sorte de tuyau en bois dit trompe.

* Les moulins à cuve ne possèdent pas de trompe; la roue est installée dans un bassin circulaire. L'eau s'y déverse à hauteur de la face supérieure de la roue, créant un tourbillon qui l'entraîne dans un mouvement giratoire

• Les roues verticales, au contraire, sont souvent visibles au flanc des moulins, parfois à l'abri d'un auvent. Elles ont été nommées d'après l'endroit où les frappe l'eau :

* Roues en dessus : l'eau arrive au dessus de la roue par un petit canal et remplit les auges de la roue ce qui provoque sa rotation par gravité.

* Roues de poitrine et de côté : l'eau arrive sur le côté de la roue et elle frappe celle-ci légèrement au dessus de son axe pour la roue de poitrine (c'est-à-dire à peu près à la hauteur de poitrine d'un homme) ou légèrement en dessous pour la roue de côté. Elles sont, le plus souvent, à aubes planes.

* Roue en dessous : l'eau libérée par la levée d'une vanne pousse les pales de la roue par le bas.

* Roue Poncelet : C'est la meilleure des roues en dessous. Le vannage est incliné et les augets permettent d'emmagasiner l'eau ce qui améliore le rendement (jusqu'à 60% de puissance utile). Mais l'adoption de ce système est resté restreint à cause du développement des roues de côté, encore plus performantes (jusqu'à 75%).

Dans les roues en dessus et de côté, l'eau agit dés le début de sa chute jusqu'à sa descente sous l'effet de son propre poids. Dans les roues de types en dessous, l'eau agit par percussion et grâce à la vitesse acquise.

Les différents types de roues

• Roues verticales :


• Roues horizontales :

 

            

                                            Roue à pales (moulin à cuve)                                           Roue à godets (moulin à trompe)


• Le mécanisme

Le système est constitué de deux meules. La meule inférieure est fixe, on l'appelle meule dormante ou gisante. La meule supérieure tourne sur la meule inférieure grâce au mouvement de la roue ; on l'appelle meule courante, tournante ou volante.

La roue horizontale est à axe vertical directement branché sur la meule tournante. A la base de l'axe, un pivot en métal très dur, repose sur un pas en acier ou en bronze appelé crapaudine. La crapaudine est elle-même fixée sur une poutre horizontale de chêne ou de hêtre appelé banc qui prend appui sur de grosses pierres enfoncées dans le sol. Le banc est fixe d'un côté et peut se mouvoir verticalement grâce à une tige qui va de son extrémité libre à un levier ou trempure qui sert à modifier l'écartement des meules. L'arbre traverse la meule gisante dans un boîtard garni de réservoirs de graisse puis se prolonge par une barre métallique aplatie et de section rectangulaire. Celle-ci se loge dans l'annille, pièce métallique en forme de X qui est placée dans des entailles pratiquées dans la face du dessous de la meule tournante. Quand le moulin fonctionne, l'annille permet de transmettre le mouvement de rotation de l'axe à la meule volante.


 

Mécanisme du moulin à eau horizontal :



1 chèvre, potence à lever
2 trémie

3 graduateur
4 auget alimentaire
5 frayon ou babillard
6 archure ou cercle, coffrage
7 poignée de vanne
8 meule tournante
9 annille
10 boîtard ou boîtillon
11 meule dormante ou gisante
12 fusée, barre de transmission
13 anche, trémie d'échappement
14 huche, maie
15 arbre vertical en bois recevant l'impulsion du rouet
16 roue motrice horizontale
17 buse, trompe ou conduit d'amenée
18 vanne
19 pointe
20 crapaudine ou fût de section carrée, X de fer
21 banc, sommier, embrasement
22 trempure, levier
23 bol, partie voûtée où tombe l'eau du conduit d'amenée


Le système à roue verticale est plus complexe car il s'agit de transformer le mouvement vertical en mouvement horizontal. La transmission de la rotation s'effectue par l'intermédiaire d'un rouet denté muni d'alluchons fixé sur l'axe de la roue et d'une lanterne composé de fuseaux, qui constituent un système de renvoi d'angle. Le gros fer qui tra verse la lanterne repose sur le palier et supporte à son autre extrémité la meule courante parl'intermédiaire de l'annille.

 

Mécanisme du moulin à roue verticale :


1 rigole
2 roue
3 godets , augets
4 arbre

5 rouet
6 alluchons
7 palier
8 lanterne
9 gros fer
10 meule courante
11 meule gisante
12 balai
13 frayon
14 archures, coffrage
15 civière
16 auget
17 évêque
18 trémie
19 auge
20 trempure
21 cabestan   



• La mouture

Le grain est contenu dans une trémie en forme de pyramide renversée, à base rectangulaire. Maintenu à la trémie, l'auget est un organe régulateur de la distribution du grain : les effets de la gravité s'y combinent avec ceux de la trépidation. Celle-ci est imprimée par un frayon (ou babillard), cylindre de bois dur fixé sur l'axe de la meule volante dont les angles sont fortifiés par des touches en fer. Le frayon, en tournant, frappe l'auget sur le côté quatre fois à chaque tour de roue, dont chacun fait glisser une certaine quantité de grains. C'est le frayon qui est responsable du caractéristique tic-tac des moulins.

Le grain est ensuite acheminé vers le centre de la meule, nommé l’œillard où il s'infiltre entre les deux meules dont les faces sont creusées de sillons de manière à faciliter sa progression durant son écrasement. La mouture est expulsée vers l'extérieur par la force centrifuge. Pour qu'elle ne se répande pas partout autour des meules, chacune d'elles est enfermée dans un coffrage de bois circulaire. La mouture (farine et son) s'échappe, après avoir effectué un tour complet, par une trémie d'échappement qui aboutit dans une auge où elle est recueillie.

On récupère donc à la fois la farine et le son, qu'il faut ensuite tamiser pour les séparer. Les techniques s'améliorant, le tri s'effectue à la sortie des meules grâce à un blutoir. C'est un cylindre de bois en pente animé d'un mouvement de rotation grâce à un axe de fer. Des tamis de soie où la trame est de plus en plus lâche, sont tendus sur des liteaux supportés par des cercles de bois; on récupère donc successivement la fleur de farine, le remoulage et le son dans trois auges.

Chaque moulin à eau est en fait unique, par la manière dont il reçoit l'eau (canaux et retenues), la géométrie de sa roue (nombre et forme des augets), l'aménagement du bâtiment et les améliorations techniques que lui avait apportées son meunier.


 

Vue du mécanisme intérieur d’un moulin à roue verticale



Anecdote :

Savez-vous pourquoi il y a toujours un chat dans un moulin ?
- Le chat est le meilleur ami du meunier parce qu'il chasse les souris qui menacent les sacs de céréales que le meunier doit moudre ... et aussi ses bénéfices !



Sources: extrait de http://champjl.perso.libertysurf.fr








 

LES MEUNIERS AUTREFOIS
 

 




Jusque dans la deuxième moitié du 18 eme siècle et surtout jusqu’à la Révolution, le meunier n'était est pas propriétaire du moulin, il en était « locataire » du moulin. Il devait payer un loyer. La durée du bail d’affermage était d’une année mais lorsqu’on était satisfait de ses services, son bail était renouvelé et il pouvait ainsi exercer 2 ans, 3 ans, 5 ans et parfois plus de 10 ans. Le bail précisait les
charges et conditions de fonctionnement du moulin. Le choix du meunier se faisait au plus offrant, cependant, les syndics attachaient une grande importance aux garanties morales et financières que le
meunier pouvait apporter :

• Le meunier devait être connu et issu d’une famille honorable,
• Il devait présenter une caution, c'est-à-dire une personne solvable en mesure de financer les
gros travaux d’entretiens ou de réparations,
• Il devait apporter des références professionnelles en matière de meunerie.

(Voir un exemple de bail en fin du document)

Le meunier était en principe renouvelé chaque année, au premier de l'an. Mais lorsqu'on était content de ses services, on le gardait davantage, 10 ans et plus. Le meunier n'avait pas le droit de percevoir de l'argent pour son travail. Il se payait en nature en prélevant une partie des céréales qu'il
devait moudre.

Suivant certaines régions, le bail obligeait le meunier à fournir une barrique de vin par an au moulin. Les paysans n’avaient pas suffisamment d’argent pour acheter du vin. Offrir un verre de vin au client du moulin qui était obligé d’attendre que son grain soit moulu et tamisé était une marque de convivialité. Le paiement peut se faire entièrement en nature (de la farine quatre fois par an), entièrement en argent ou de façon mixte (une part en nature, une part en argent).

Ce paiement est toujours assorti de menus suffrages, c’est-à-dire des oeufs, poulets, canets et chapons. Ils sont destinés à garantir le meunier preneur de toute rente seigneuriale. Le meunier entretient la "basse meunerie" encore appelé le menu moulanger : fuseaux, alluchons, pointes de fer.
Le propriétaire est chargé de la grosse meunerie (la plus coûteuse) : roues, arbres, meules...


Il prélevait avec les mains. Une pleine poignée de grains s'appelle la pugnère. Le prélèvement avait lieu soit devant la trémie (en grains) soit dans la huche (en mouture). La réputation du "meunier voleur" qui colle à cette profession est due à ce mode de paiement. Du 1/16ème normalement, le prélèvement varie du 1/10ème au 1/20ème. Ce qui permet le vol, c'est la mesure. Il s'agit toujours de mesure de capacité bien sûr, car on ne pourrait tricher avec les poids. L'ingéniosité des meuniers à prélever plus que leur dû est légendaire : boisseau pour mesurer le blé à l'arrivée, autre boisseau plus petit pour rendre la mouture, huches à double fond, trémie à paroi double vers l'arrière. Parmi ces faits il faut admettre une part de légende mais aussi une part de vérité.

Contrairement à la légende qui veut que les meuniers soient généralement des personnages importants, enrichis par le commerce des farines, faisant partis de la bourgeoisie rurale, certains meuniers n’étaient pas riches. Leurs contrats de mariage ne dépassent pas la somme de 100 livres :
une misère à l’époque ! (le salaire annuel d’un journalier était équivalent à 500 livres)

Le moulin disposait de peu de terres, un jardin, une chènevière, une pâture, c’était à peu près tout. Mais les patrons-meuniers pouvaient avoir, en propriété, en location ou en usufruit des parcelles de terre ou de vigne.

Les patrons-meuniers restaient des personnages importants dans la vie quotidienne des villageois. Ils étaient souvent au centre de la vie sociale puisqu’ils transformaient le blé en farine, dans un pays
où la consommation du pain était la base de l'alimentation. Les bleds (froment, orge, avoine, blé noir...) autrefois représentaient la base de l’alimentation (1 kg par jour par habitant). Mais comme les rendements étaient très faibles (au Moyen Age, (4 grains pour 1 grain semé), les surfaces ensemencées étaient très importantes. Quand, en 1900, les rendements vont doubler (8 grains pour 1 grain semé), que l’alimentation va se diversifier (seulement 600 g. de pain par jour par habitant), les moulins et les meuniers perdront beaucoup de leur importance. Actuellement, avec des rendements d’environ 40 grains pour 1 grain semé (et plus encore en agriculture productiviste irriguée), avec une consommation de pain de 130 g par jour et par habitant, avec des surfaces ensemencées (par les bleds) divisées par 200 durant le 20eme siècle, avec l’automatisation industrielle des moulins, la meunerie a perdu tout son caractère artisanal et magique. Autrefois, sans moyen moderne de conservation, les grains se conservaient mieux que la farine. Aussi, les villageois ne portaient-ils au moulin que de petites quantités de grains. Ils allaient donc souvent au moulin. Les meuniers étaient alors au courant de toutes les nouvelles et, chez eux, on se tenait au courant de la vie du village et des alentours. Mais, en même temps, les patrons-meuniers étaient différents des autres habitants du village, ils se rétribuaient eux-mêmes en nature (jusqu’au début du 18eme siècle). On les soupçonnait d'être un peu voleurs. Ils pouvaient aussi, dans les seigneuries, collecter des impôts pour le seigneur, ils apparaissaient donc comme des personnages contradictoires.


 


Le travail du meunier

Le meunier travaillait tous les jours sauf le dimanche et les jours de fête. La journée commence au lever du jour et se termine à la tombée de la nuit. Cependant, si un client arrivait un peu tard, il fallait alors moudre la nuit, l’éclairage du moulin se faisant avec de l’écorce de pin ou de sapin enflammée et posée sur le bord de la cheminée.



Lorsqu’un client se présentait, le meunier mesurait la quantité de céréales apportées à l’aide d’un boisseau ou d’un coupeau (Le boisseau est un récipient de forme cylindrique destiné à mesurer les matières sèches grains et farines, de capacité de 20 litres, le coupeau à une capacité de 10 litres). Il en prend une partie pour lui (1/20ème), la pugnère, qui constitue le paiement en nature de son travail.


La technique du meunier nécessitait un savoir-faire particulier. Il surveille la mouture, règle la pression des meules, veille à ce que la trémie soit toujours pleine de grain. La réalisation de la mouture était placée sous le contrôle permanent du meunier, du choix du grain au type de mouture. Le meunier opérait les mélanges de différentes variétés de blé. il n'existait pas de farine issue d'un seul blé et le meunier se devait donc de sélectionner rigoureusement le blé auprès des meilleurs producteurs. Chaque artisan meunier décidait du mélange de grains pour sa farine et vérifiait la qualité finale grâce à une mouture d'essai. (...)Avant de moudre le grain, le meunier le "mouillait" pour que le son sorte plus gros

Lorsque le grain est moulu, le meunier reprend la mouture de la huche à farine pour la tamiser grâce au blutoir. Le blutoir est un meuble en bois contenant un cylindre horizontal légèrement incliné et entouré d’un tamis. Il permettait de séparer la fleur de farine destinée à la pâtisserie et les spécialités locales comme le gâteau à la broche, la farine, destinée à la fabrication du pain et le son pour les animaux.

Le meunier doit effectuer régulièrement un travail de rhabillage (ou repiquage) de ses meules, afin d'entretenir leur abrasivité. Il retaille leurs rayons et ravive la surface de la meule. Ce travail s'effectue 3 à 4 fois par an, parfois par un professionnel, souvent par le meunier lui-même. Au préalable, la meule est brossée et lavée. On use d'outils tels que le marteau pointu et la boucharde pour la repiquer. Le meunier peut être exposé à la silicose, en raison des poussières qui se dégagent des meules au cours du rhabillage.

Une autre de ses tâches est le réglage des meules, selon le type de céréales qu'il moud. Au Moyen Age, le meunier effectue l'ensachage de la farine, puis la livraison, le plus souvent avec son âne. Certains meuniers particulièrement désargentés, travaillent la nuit comme boulangers.


 



Les métiers autour du moulin

Les garçons meuniers, valets domestiques ou journaliers


Porter les sacs, livrer les farines, faire fonctionner le moulin et le surveiller..., tous ces travaux exigeaient de la main-d’œuvre. Les moulins ne pouvaient pas tourner avec le seul meunier, même aidé par sa famille. Dans les registres paroissiaux apparaissent ainsi de nombreux journaliers, valets domestiques et garçons meuniers.

Comme partout, les journaliers à l’époque sont très mobiles, toujours à la recherche d’une embauche, d’une masure à louer pour vivre en famille et sans doute aussi d’un patron et d’un travail un peu moins durs. Ils sont des sans-terre, loués à la journée, parfois pour une campagne (moissons, tailles ou vendanges par exemple) qui peut durer assez longtemps dans un moulin. Ils sont très pauvres et durement touchés par les disettes et les famines. La rotation est importante, on le constate dans les moulins. Mais, il y a aussi des villageois, propriétaires de quelques parcelles, qui, au contraire des précédents, ayant leur propre maison, sont obligés de travailler en plus comme journaliers.

Qu’ils aient déjà un certain nombre de parcelles ou très peu, qu’ils travaillent en plus comme journaliers dans les vignes, les moulins ou les métairies, leur rêve est toujours le même tout au long des 17, 18, 19 et même 20e siècles, et ils mobilisent leur famille et toute leur énergie pour devenir enfin propriétaires.

Les domestiques, valets et garçons meuniers vivent chez le patron, chez «leur maître ». Les jeunes en général quittent le moulin quand ils se marient.

Et quand des domestiques âgés et célibataires apparaissent, on peut en déduire que ce sont certainement les plus maltraités par la vie (enfants naturels ou abandonnés, handicapés...) qui se retrouvent là. Au 18e siècle, et ce sera ensuite très courant jusqu’à la Première Guerre Mondiale, les
enfants sont plus souvent placés comme domestiques, valets, garçons meuniers, servantes, parfois dès 11- 12 ans.Cela fait partie de leur « formation » : apprendre le travail chez un patron, un maître et apprendre la docilité, voire la soumission, soumission aux parents, aux maîtres, au roi, à la dureté de la nature et du travail. Dans l’ensemble, les jeunes et leurs parents acceptent ce système. Les domestiques vivent chez leur maître et sont célibataires, sauf, cas plus rares, où c’est un couple qui est engagé chez un riche. C’est alors le mariage qui les sort de la domesticité et s’ils sont sans-terre, ils deviennent des journaliers.


Le valet du meunier

Le valet de meunier est chargé des courses et des transports. C’est un garçon meunier, domestique ou valet de meunier qui va chez les particuliers recueillir les manées pour les porter au moulin et en rapporter la farine. Ils parcouraient jadis les villages à cheval, à baudet ou âne. Suivant les régions, le mot apparaît sous différentes variantes : « Chasse-manée » (Picardie), « Chasse-maisnié », « Chasse-mounée ou Chasse-moutte » (Franche-Comté), « Chasse-mulet » ( autour de Paris) et Chasseron »


Le rhabilleur



Le rhabilleur rebat les meules ; Il faisait le tour des moulins où, généralement, une chambre lui était spécialement destinée. Il utilisait la mailloche pour rebattre les meules, après avoir passer une règle avec du bleu qui marque la surface à battre de la » gisante » (meule de 40 cm d'épaisseur ) comme la « tournante », (meule de 30 cm d’épaisseur ) creuser de nouvelles stries qui allaient à nouveau attaquer le grain et donner de belles farines. C'est un travail très inconfortable. On l'exécute habituellement à genoux sur un sac servant de coussin; l'attaque de l'outil étant contrôlé avec une grande précision par la main restée libre.


L’amoulageur

Spécialiste de la construction des roues à aubes pour moulin à eau. Il mobilise des connaissances en maçonnerie, métallurgie, hydraulique, mécanique, charronnage, charpenterie. En 2007 il subsiste en France moins de 10 amoulageurs. La profession est recensée par le décret du 9 avril 1936, parmi les familles professionnelles en France au sein du corps des « ouvriers du bâtiment », qui reconnaît aussi les charpentiers-amoulageurs.


 

Construction d’une roue à aubes



Et puis la meunière ...

C'est connu, elle est très belle : sa réputation et les chansons le disent. La meunière aide le meunier dans son travail ; souvent, surtout au XIX° siècle, elle remplace l'aide ou l'assiste. Il ne lui est pas toujours facile de faire le recueil du grain ou la livraison de la farine, car le sac est lourd et le ransport pénible. Pourtant, certaines le faisaient ! Quelques fois, devenue veuve, elle prenait en charge le moulin et remplaçait complètement son mari décédé. Le travail nécessite une condition physique que toutes n'avaient pas. Lorsque le meunier est là, la tradition veut qu'elle détourne l'attention du client en lui proposant un verre au moment crucial, ou, si cela ne suffit pas, à laisser espérer une bonne fortune au client trop soupçonneux ! La meunière peut être aussi très sage et ne pas céder aux galants.


 

Extrait du film de Marcel Pagnol «La belle meunière»


 

Exemple de bail d’affermage en 1923
Bail d'affermage du moulin de la Mousquère


Le premier janvier mil neuf cent vingt-trois, les co-propriétaires du moulin de Sailhan et d'Estensan se sont rendus au lieu accoutumé pour procéder selon l'usage à la mise en ferme de ladite usine au plus offrant et dernier enchérisseur.

Les sieurs Carrère Bernard et Nars Dominique ont été nommés syndics à la pluralité des voix pour la commune de Sailhan et Brunet Pierre pour la commune d'Estensan. Lesdits syndics ont établi les conditions suivantes :

art. 1er - Le fermier doit être convenable pour les co-propriétaires et toutes personnes qui iront moudre.

art. 2 - Il est tenu de tenir l'usine dans un état constant de propreté. Les réparations au dessous de quinze francs (ou locatives) seront faites par le fermier lorsqu'un des syndics le jugera à propos. Quant aux grosses réparations, les trois syndics devront s'entendre pour les faire exécuter.

art. 3 - Le fermier devra se rendre au moulin à la réquisition de tout co-propriétaire qui devra moudre son grain, faute de quoi il sera passible de tous dommages et intérêts pour le retard et les inconvénients qui en résulteront pour le co-propriétaire.

art. 4 - Les co-propriétaires auront le droit de disposer d'un jour à l'automne et d'un jour au printemps pour moudre la quantité de grain nécessaire à chaque période. Dans ce cas, les étrangers dépourvus d'usine et qui sont seuls autorisés à utiliser du moulin, ne pourront moudre pendant la nuit qui précédera le jour réservé aux co-propriétaires.

art. 5 - le montant de la ferme sera payé en deux fois et par parties égales savoir : la moitié le premier juin et l'autre moitié le 31 décembre de la présente année.

art. 6 - A l'expiration du bail, le fermier devra laisser l'usine dans un état satisfaisant faute de quoi ilsera passible de dommages et intérêts.

art. 7 - Il est rappelé au fermier que l'acte de propriété en date du 13 janvier 1816 stipule que les habitants de Sailhan auront la faculté de moudre leur grain pendant quatre jours de chaque semaine les mercredi, jeudi, vendredi et samedi et même le dimanche s'il est besoin jusqu'à quatre heures du soir et les habitants d'Estensan à partir du dimanche à quatre heures du soir jusqu'au mardi à minuit. Il ne sera permis au meunier d'enfreindre ces prescriptions que lorsque le moulin manquera d'ouvrage.

art. 8 - Il est entendu que le meunier paiera les impositions qui grèvent l'usine. Le sieur Ladrix Jean de Sailhan ayant offert la somme de deux cents francs a été accepté pour fermier. Il a en outre présenté le sieur Verdot Jean Pierre de Sailhan comme caution laquelle sera avec le fermier solidairement responsable.

Un reliquat de cent soixante dix neuf francs cinquante centimes provenant du montant de la ferme de l'année 1922 a été remis au sieur Nars Dominique pour être affecté concurremment avec les deux autres syndics, aux réparations les plus urgentes.

Document signé par les 5 partenaires du bail d'affermage : Brunet - Carrère - Nars - Ladrix – Verdot





Sources:

 

  • Extrait de http://moulindelamousquere.pagesperso-orange.fr/
  • http://champjl.perso.libertysurf.fr