La chaussure à Romans




L’industrie du Cuir et de la Chaussure à Romans puisent leurs origines bien avant le Moyen Age, dans une économie artisanale et commerciale reposant sur le travail de la laine et de la soie et sur une activité importante de tannerie et mégisserie, rendue possible par l’abondance des eaux. Le Vercors et les plateaux de l’Isère fournissent les peaux ainsi que les écorces de chêne utilisées en tant que produits tannants.

La fabrication des chaussures à Romans remonte au XVe siècle. En effet, on retrouve la trace de corporations de cordouaniers, regrolleurs, sabatiers, qui sont incontestablement les ancêtres des fabricants de chaussures actuels de Romans.

Installés à l'ouest de la ville près de la rivière et du canal, les tanneurs et mégissiers préparaient les peaux des ovins et des bovins de la région et les tannaient avec des écorces de chênes et de châtaigniers des forêts voisines. Il s'agissait alors d'une production artisanale. Le travail de la chaussure s'appuie donc, depuis plusieurs siècles, sur des savoir-faire et un travail qui s'est industrialisé dans la seconde moitié du XIXe siècle après l'arrivée du chemin de fer, la mécanisation pour une production de masse et l'exportation des produits fabriqués. De grandes maisons comme les entreprises Fenestrier et Jourdan prennent leur essor à la Belle Époque en exportant à l'étranger, du Japon aux États-Unis. Les périodes de crise alternent cependant avec des périodes de prospérité.
Puis au XIXe siècle, la fabrication de chaussures apparaît en parallèle de ces activités de tannage du cuir, jusque vers 1850 où tout s’accélère lorsque François Barthélémy Guillaume a l’idée d’utiliser sur place les cuirs sortis des tanneries et crée la première manufacture de chaussures clouées. L’arrivée de l’électricité favorise l’extension de la mécanisation mais c’est au cours de la première guerre mondiale que l’industrie de la chaussure à Romans devient prépondérante et que l’on peut parler de Romans comme d’une ville mono-industrielle. En 1921, on compte 6000 actifs dans le cuir sur l'agglomération. Devenue entre les deux guerres "  ville de la chaussure " , on compte, au lendemain de la seconde guerre mondiale, plus de 200 entreprises et en 1964, plus de 5000 personnes travaillent dans le secteur de la chaussure.

Depuis 1948, le nombre d'entreprises a diminué, passant de 204 à 69 en 1969. Une exception, la création en 1960, par les trois frères Keloglanian de la société Kélian : leur succès réside dans la fabrication de chaussures tressées pour femmes et une créativité affirmée. Les grandes entreprises conservent au cours des Trente Glorieuses, voire augmentent leurs effectifs, les unités moyennes de type familial se maintiennent. Comme le marché de la chaussure de luxe est relativement limité, elles se spécialisent souvent, passent des accords avec les grands couturiers, Féraud, Ted Lapidus, Dior, pour mieux résister à la concurrence. Mais elles sont de plus en plus dépendantes en réalisant des tâches à façon, en sous-traitance. Cette dépendance les oblige à baisser les prix ; elles compriment alors le personnel en ne remplaçant pas les départs, renforcent le chronométrage et tentent d'accroître les cadences. Les périodes de morte-saison sont marquées par un chômage partiel qu'atténue la sous-traitance, les bottes par exemple pour les piqueuses. Ces entreprises sont alors : Caty (180 personnes), Bamasson-Family (286), Attuyer- Will's (267), Fréchet-Astra (200), Bady-Select (100), Rouchon (40), Roxel (60). Les fermetures d'usines entraînent le reclassement des ouvriers, le nombre de places disponibles est donc limité ce qui ne permet pas aux jeunes de choisir cette profession.

C'est pendant les années 1960 qu'apparaissent d'importants bouleversements dans les techniques de fabrication, les matériaux (le soudé, la vulcanisation, la semelle en élastomère) : mais " le plastique " ne fait qu'une apparition limitée. Ces procédés progressent moins vite à Romans que dans les autres centres de production, du fait du renforcement de l'orientation vers une chaussure de luxe et de qualité. De 1960 à 1964, en France en général, le temps de travail nécessaire à la fabrication diminue et, corollaire, la productivité progresse rapidement. Les micro-entreprises ont du mal à suivre cette évolution. La production romanaise s'isole dans une chaussure de très haute qualité ; commencent alors à apparaître les signes de l'insuffisance des capitaux des entreprises romanaises, au moment où s'amplifie l'internationalisation des échanges.

1964 est un moment clé de la transformation de la structure des entreprises romanaises de la chaussure, avec d'une part, une progression de la productivité et une diminution du temps nécessaire à la fabrication d'une chaussure et, d'autre part, l'introduction des premiers capitaux étrangers, américains d'abord et ensuite allemands (Salamander). En effet, le nombre d'entreprises est passé de 200 au début des années 1950 à 80 en 1964, les moyennes et grandes entreprises se maintenant, mais pas les petites structures familiales. Entre 1969 et 1973, le nombre d'emplois global passe de 4400 personnes environ à 3350, perte d'emplois touchant surtout les catégories ouvrières.

De 1964 à 1970, dix entreprises moyennes fermeront leurs portes avec une diminution de 1000 ouvriers dans cette période et le déclin s'accentuera à partir de 1970. La création du musée international de la chaussure enclenche un processus de patrimonialisation qui s'efforce de conserver la mémoire de la tradition manufacturière.

L'orientation est toujours définie vers une chaussure de luxe et de qualité (l'entreprise Kelian est fondée en 1960) qui demande plus de main d‘œuvre.

L'industrie du cuir et de la chaussure de luxe a forgé durant plus d'un siècle l'identité de Romans et sa région, lui conférant, avant-guerre et surtout dans la période des trente glorieuses, une notoriété exceptionnelle au plan national et international.

Avec l'internationalisation des échanges et l'ouverture à la concurrence des pays à faible coût de main d’œuvre, cette industrie connaît, à compter de la fin des années 70 et en l’espace de trois décennies, un véritable effondrement de son activité, ponctué de crises à répétition entraînant de très nombreuses fermetures d'entreprises de renom et une suppression massive d’emplois dans le secteur.

Certaines entreprises ont bien senti cette mutation. On commence à voir des capitaux extérieurs, voire étrangers, s'investir dans les entreprises romanaises les plus rentables. C'est, en 1964, la Florsheim à capitaux américains qui achète une partie de l'entreprise Sirius. En 1967, la Florsheim revend sa part au Groupe Révillon qui s'empare aussi de Unic-Fenestrier. Sur un chiffre d'affaire de plus de 40 millions de francs, la part du secteur chaussures, ne compte que pour 1200000 F, le reste concernant la construction, les ascenseurs, la câblerie, les parfums, des immeubles, etc…. C'est le première fois qu'un groupe non spécialisé dans la chaussure investit dans ce domaine pour diversifier ses productions et d'augmenter ses profits. Cette opération s'accompagne de 61 licenciements : c'est un prélude à la disparition de l'usine Fénestrier sur l'avenue Gambetta, en 1969, et le regroupement des effectifs restants d'Unic et de Sirius dans les locaux de la rue Pierre Curie. La nouvelle entité ne conserve plus que 250 emplois environ, 350 ont disparu dans l'opération. En 1974, c'est le Groupe André qui prend le contrôle de l'ensemble ; l'entreprise regroupée rue Pierre Curie n'a plus que 200 salariés environ et une vingtaine dans l'atelier de Tain. En 1968 et 1969, c'est au tour de Salamander, un groupe allemand de la chaussure, d'acheter les entreprises Artic et Arnoux. Dans le même temps, la Genesco américaine s'empare de l'entreprise Jourdan. Cette mainmise de capitaux nouveaux accélère la concentration et entraîne la disparition de nombreuses entreprises de faible taille. De 1964 à 1970, 10 entreprises moyennes ferment leurs portes dont Libertas, Atlas, et la tannerie Gras. La recherche d'un nouvel emploi n'aboutit pas à une embauche immédiate même si, au bout de quelques mois, la plupart retrouvent leur spécialité dans une autre usine, mais souvent avec une déqualification.

Face à la disparition de ces moyennes unités, les grosses entreprises se renforcent. Trois d'entre elles dominent, s'adaptant, de façon différente, à l'évolution économique et financière. En novembre 1972, l'entreprise Jourdan emploie environ 2000 personnes dont 1190 à Romans, avec des ateliers de fabrication à Tournon, Annonay et Bourg-Argental, et dans ses magasins de France et des diverses capitales européennes. Le nouveau groupe Arnoux-Salamander a 400 salariés, Romans n'étant qu'un élément d'un vaste empire de la chaussure comprenant d'autres unités en Allemagne et en Italie. Les établissement Sirius-Unic, comptent environ 250 employés. Ces trois entreprises regroupent près de la moitié des emplois de la chaussure de l'agglomération. Cette évolution n'est pas terminée, elle va se poursuivre au cours de la grande crise économique.La fabrication romanaise se différencie des autres places de la chaussure. Alors qu'il ne faut que 40 opérations manuelles à Cholet, il en faut au moins 120 à Romans, ce qui entraîne un coût de la main-d'œuvre plus important dans le prix de revient, de l'ordre de 40 %. Cependant, même à Romans, et surtout dans les trois grandes entreprises, les méthodes de travail changent. Les chaînes de fabrication se mettent en place, avec pour conséquence une division du travail de plus en plus poussée : la coupe, le piquage, le formage, le collage, le brochage, le finissage. L'ouvrier ne fait plus sa chaussure, seul ou presque. Chaque opération est désormais chronométrée ce qui permet d'accélérer les cadences.

La chaussure est une industrie de main-d'œuvre, à la recherche d'un moindre prix de revient. Avec la crise, les délocalisations s'amplifient, vers l'Espagne, le Portugal, l'Italie, les pays du Maghreb, et surtout les pays émergents ayant des salaires et des couvertures sociales moins élevés. Par ailleurs, le goût des jeunes se porte sur la chaussure de sport, non par économie, certains modèles atteignent les prix de la chaussure de ville, mais par mode et commodité. De 1990 à 1998, les quantités de chaussures vendues en France baissent de 4 %. La diminution de la production française avoisine 1,6 % par an, en moyenne. L'effritement de la production provient, en grande partie, de la concurrence internationale, aussi bien asiatique qu'européenne. La production de chaussures, longtemps implantée dans les régions développées, se déplace vers les pays à bas salaires. L'Asie assure désormais 70% de la production mondiale (40 % pour la Chine). L'Italie est le premier producteur européen (500 millions de paires fabriquées, 44% de la production européenne), devant l'Espagne (18 %), la France (13 %). En 1999, trois paires de chaussures sur quatre proviennent de l'étranger (une paire sur deux en 1985). La Chine et le Vietnam représentent près de 20 % des achats français à l'étranger (2 % en 1985). Les tanneurs indiens qui préparent les peaux de chèvre terminées à la mégisserie Chaix pour les chaussures de Romans, continuent, eux, à marcher pieds nus. Les exportations de chaussures françaises haut de gamme vers l'Europe d'abord, vers les Etats Unis ensuite, progressent en valeur, d'une façon générale. Ce créneau concerne les chaussures de Romans dont certains fabricants réalisent plus de la moitié de leur chiffre d'affaire à l'exportation. Dans ce contexte d'internationalisation et de concurrence, le secteur cuir-chaussures, dans sa totalité, a perdu, en France, entre 1985 et 1999, plus de la moitié des emplois. La proportion des CDI baisse au profit d'emplois moins stables. Les taux d'investissement se dégradent, la modernisation est faible, ne permettant pas de passer du haut de gamme à une chaussure de moyenne gamme, le nombre d'opérations manuelles nécessaires pour une chaussure de luxe ne peut être réduit significativement. Le degré d'automatisation de la production atteint, pour la chaussure 43 %, contre 65 % dans l'ensemble de l'industrie. Ce taux est bien inférieur à Romans : 120 à 150 opérations sont encore nécessaires pour réaliser une paire de chaussures.

Dans les années 1980, l’industrie de la chaussure, qui faisait vivre une famille sur deux dans le bassin, a été balayée. La crise a emporté des grandes marques (Jourdan, Kélian) et des fournisseurs de talons, de colles, de semelles, de cartons.

A partir de 1973, l'industrie de la chaussure de Romans est décimée. Ce sont d'abord les chaussures Le Sanglier (Ch. Cara et Cie) placées en règlement judiciaire puis, en 1978, Roxel, à Bourg-de-Péage, qui licencie ses 110 employés. En 1979, Jourdan se maintient avec 1100 employés mais Bamasson, " chaussures Family ", procède à des licenciements. En janvier 1981, dépôt de bilan chez Carraz-Caty ; en mai, Will's licencie 53 personnes sur les 240 employés. En 1983, l'entreprise Select (Bady) dépose son bilan. En avril 1984, la tannerie Cara ferme ses portes (146 licenciements) puis en mai, c'est au tour d'Astra (Fréchet) de déposer son bilan, un an plus tard, elle est placée en liquidation de biens, 140 salariés au chômage. En février 1985, les entreprises Select (Bady) et Will's (Attuyer) sont achetées par Arode-France (filiale de Arode S.A. de Genève) qui licencie 46 personnes. C'est un échec, la nouvelle entreprise dépose son bilan l'année suivante, malgré des aides publiques très importantes, laissant un passif de 18 millions de Francs, disparaissent alors 110 emplois. L'entreprise est reprise par Condor qui ne garde que 35 emplois sur 52 et exploite les marques Libertas, Select, Will's et Jean Bady. Des difficultés pour reconquérir le marché, des dissensions au sein de la direction amènent le dépôt de bilan en avril 1988. En août 1985, l'entreprise Rouchon, spécialiste du tressé de luxe, procède à 19 licenciements. Le rachat des bâtiments par la ville de Bourg-de-Péage permet à l'entreprise de survivre, mais en octobre 1988, elle dépose son bilan. En juin 1989, elle est reprise par une société belge, la Scarpa, sous la marque Patrick Féral. En mars 1986, c'est la fermeture de Janil's (Manoukian) entraînant 80 licenciements ; reprise par différents investisseurs, elle disparaît en 1991, ce qui entraîne plus de 70 licenciements. La même année, l'entreprise Barnasson dépose son bilan. Jusqu'en 1986, Jourdan avait pu atténuer les effets de la crise ; c'est alors que la direction annonce la fermeture de l'usine d'Annonay et la suppression de 300 emplois, puis en mai, 313 emplois disparaissent dont 198 à Romans ; un mois plus tard 97 de plus. En deux ans, 750 personnes ont été licenciés, 50 % du personnel de production. En octobre 1988, les usines Jourdan n'emploient plus que 610 personnes pour une production de 2100 paires par jour. Au total 470 000 paires par an et 78 000 sacs quittent Romans chaque année dont 30 % vers les EU. Les licenciements se poursuivent, l'effectif de l'usine de Romans tombe à 547 personnes (sur un total de 640). Beaucoup d'autres petites usines cessent leur activité, le chef d'entreprise atteignant l'âge de la retraite et ne trouvant pas de repreneur dans cette période de crise. Kélian semble alors une exception. En 1974, l'effectif de l'usine de Bourg-de-Péage est de 141 et atteint, en 1990, 620. En 1994, commencent les difficultés (notamment l'entrée de capitaux extérieurs dans la structure familiale), la délocalisation des marques Mosquitos et Kenzo ne permettent pas de rester compétitif. 171 emplois supprimés puis, en 1997, 149 de plus.

Les turbulences qui ont affecté cette branche industrielle au cours de ces 30 dernières années sont nombreuses. Si, au cours des Trente Glorieuses, les fermetures d'entreprises mettaient sur le pavé quelques dizaines de travailleurs, ils retrouvaient en général du travail, dans un temps plus ou moins long, dans celles qui demeuraient, sauf pour les plus âgés et les militants syndicaux. À partir des années 70, la situation a totalement changé. Les grosses entreprises ont elles-mêmes supprimé des emplois et n'ont plus absorbé les licenciés d'autres entreprises. De 1968 à 2000, les entreprises de chaussures ont perdu 3300 emplois (73 % de leurs effectifs). Cette chute s'est accompagnée d'une diminution importante de la production ; la ville est devenue véritablement sinistrée, le taux de chômage a frôlé les 25 % en 1997, le plus élevé du département, voire de Rhône-Alpes. Pendant cette période, les fabricants romanais se sont spécialisés dans la chaussure de luxe pour femmes. La chaussure pour hommes a pratiquement disparu. En 1971, la chaussure femme représentait 61 % de la production, la chaussure homme 28 %, les autres articles 11 %. En 1981, la chaussure femme représentait 88 %, la chaussure homme 12 %. En 2000, à part quelques centaines de paires chez Clergerie, la quasi totalité des chaussures hommes des marques romanaises est fabriquée à l'étranger tout en portant la griffe de l'entreprise.

L’industrie du cuir-chaussures s’est redéployée fortement, dans les années 90, vers la sous-traitance dans le secteur de la maroquinerie de luxe et, depuis quelques années, la chaussure connaît un nouvel essor à travers le redémarrage d’ateliers de fabrication en petites séries, cherchant à développer une production artisanale de qualité sur des marchés de niches en misant sur la créativité et l’innovation.

En 2003, à Romans, le secteur cuir-chaussure n'a plus le caractère de mono-industrie qu'il a occupé pendant un siècle, mais il demeure très importants dans l'agglomération, il emploie environ 1500 personnes (¼ des salariés de l'agglomération). En 2003, la totalité des entreprises moyennes a disparu, il ne reste que les trois " grands ", Jourdan, Clergerie et Kélian et quelques petites unités.La diversification s'est faite lentement. La CERCA (Compagnie pour l'étude et la réalisation de combustibles atomiques) a été la première industrie d'importance à s'implanter sur Romans, en 1962, suivie sur le même site en 1977 de la FBFC (Franco-Belge de Fabrication du Combustible) pour la fabrication des combustibles nucléaires pour les réacteurs expérimentaux et les centrales nucléaires. Les industries mécaniques et électro-mécaniques occupent une place non négligeable. Les industries chimiques et la plasturgie, porteuses d'une forte innovation technique, constituent un petit pôle régional de synthèse et de transformation des élastomères de polyuréthane. L'agro-alimentaire, avec la raviole, la pâtisserie et viennoiserie industrielles, connaît une extension appréciable. Le commerce est en plein développement. Les fabricants de chaussures s'orientent tous vers la commercialisation : le retour financier y est plus rapide, mais le commerce est moins créateur d'emplois. S'appuyant sur la tradition des magasins d'usine de chaussures, un nouveau concept commercial - Marques Avenue - s'est installé en 1999 dans l'ancienne caserne Bon ouvrant une quarantaine de boutiques vendant des vêtements surtout, mais aussi des chaussures non romanaises. De capitale de la fabrication de la chaussure de luxe, Romans et son pays s'orientent vers le commerce des biens dits de la personne. La diversification des industries a permis de dégonfler sensiblement les effectifs de chômeurs dont le taux est de 18 %, le double de la moyenne nationale. Les centres de vente et les magasins d'usine drainent des milliers d'acheteurs qui relancent un peu les autres secteurs commerciaux, notamment celui de la restauration. Le secteur cuir-chaussures reste cependant très fragile comme le montre au début de 2003, la vente de Kélian au groupe de luxe Smalto, le changement de direction chez Jourdan, et les licenciements dans les deux entreprises.

En 2009, il s’est résolu à racheter une ancienne ligne de production de Charles Jourdan en ouvrant son capital à d’autres actionnaires, la Macif et le Crédit Coopératif notamment, sans remettre en cause son fonctionnement coopératif. Archer a recréé un atelier de fabrication de chaussures puis lancé un groupement d’entreprises, Romans Cuir, pour effectuer des achats groupés de cuir, partager des commandes, participer à des salons. Il s’est rapproché d’un lycée professionnel local pour relancer des formations spécialisées. Une dizaine de personnes travaillent dans l’atelier, fabriquant 5 000 paires de chaussures par an pour des marques et des créateurs de mode. En 2017, un financement participatif a contribué au lancement de sneakers éco-conçus.

En 2014, les deux grandes marques emblématiques que sont Charles Jourdan et Stéphane Kélian mettaient la clé sous la porte. Il ne restait plus qu’un tanneur (tannerie Roux) appartenant au groupe LVMH et quelques marques de chaussures haut de gamme, dont Laure Bassal ou Robert Clergerie. Mais depuis le mois d’août, Priscille Demanche, une jeune créatrice, et de Xavier Porot, un ingénieur, ont décidé de reprendre l’atelier de Jourdan et Kélian pour y installer leur nouveau projet.
Ils ont pour cela investi une somme de 500 000 euros. Pour ce projet, ils ont fait des recherches au niveau d’une centaine de fournisseurs afin d’avoir une idée précise du coût de production. Ils ont ainsi pu créer l’atelier Le Soulier Français. Celui-ci réuni de jeunes créateurs français. Cet atelier va de la recherche de fournisseur à la fabrication de chaussures en passant par les différents services indispensables comme le développement des produits, la logistique, etc. Afin de concevoir des chaussures de qualité, ils se sont notamment appuyés sur des personnes d’expérience. En effet, ils ont recruté d’anciens ouvriers de chez Jourdan et Kélian. Le couple a même décidé de leur céder 20 à 30 % du capital.

Romans est la capitale de la chaussure de qualité. Si Romans ne produit pas un pourcentage extrêmement important des chaussures fabriquées en France, la qualité est extrêmement soignée et a toujours fait l’objet des préoccupations des fabricants de chaussures romanais.
Pour la bonne fabrication de la chaussure romanaise, il y a une tradition. Cette tradition, bien sûr, se donne, se poursuit grâce aux écoles mais aussi je pense, grâce aux fabricants. À Romans est implanté depuis de longues années un centre d'apprentissage devenu lycée des métiers du cuir de la région Rhône-Alpes qui propose des formations en maroquinerie et chaussure.



La fabrication d’une chaussure


La fabrication d’une chaussure se fait avec beaucoup de recherche et avec beaucoup de soin. Elle s’effectue sur une recherche qui porte aussi bien sur la forme qui donne les qualités de chaussons nécessaires, que sur les lignes qui donnent l’élégance et le cachet qu’exige la mode Que sur les matières premières qui doivent être d’excellente qualité et d’un très bel aspect. Que sur les ornements qui donnent un cachet supplémentaire, que sur les teintes, bref tout ce qui constitue la chaussure fait l’objet d’une recherche permanente et je crois que c’est là justement une des caractéristiques essentielles de la fabrication de la chaussure à Romans.

Un croquis est réalisé sur du papier-dessin, ensuite ce croquis est retransposé sur une forme en bois appelée maquette. C’est à partir de cette maquette que l’on va réaliser les premiers patronages qui vont servir au, à établir le pied d'essai. Il faut dire que les patronages sont des petits morceaux de carton qui servent à faire la forme de la chaussure ensuite. Ces petits cartons représentent toutes les parties de la chaussure. Et c’est à, en partant de ces cartons que l’on va pouvoir découper les différents éléments de la chaussure.

La première opération consiste dans la découpe de la peausserie. Ensuite on a la préparation au piquage et l’assemblage de la tige. La tige étant le dessus de la chaussure. On a ensuite le montage qui est suivi du semellage et de la pose du talon. On termine par la finition et bien entendu la mise en boite.

La chaussure d’homme étant plus matérielle que la chaussure de femme, certaines opérations correspondantes diffèrent légèrement les unes des autres. Il y a des phases pratiquement identiques, celles de la conception des modèles et des études de modèles, sont pratiquement semblables. Il faut également découper la peausserie, mais bien souvent, la possibilité d’avoir de longues séries permet d’utiliser une découpe à l’emporte-pièce au lieu de la découpe à la main. L’assemblage des différentes parties de la tige se fait pratiquement de la même manière, un peu plus rapidement sans doute puisque, on a moins d’opérations de mode à effectuer sur un article d’homme que sur un article de femme.




Les industriels de la chaussure à Romans


François Barthélémy Guillaume

Au début des années 1840, François Barthélémy Guillaume se met en affaires avec un certain Louis Dagand, galocher originaire de Lyon et installé côte Jacquemart à Romans, mais leur entreprise décline bientôt et Guillaume poursuit l’aventure seul en introduisant dans la ville les dernières innovations techniques en matière de fabrication de chaussures et en particulier, la chaussure clouée qui prit rapidement une extension considérable. A son décès, arrivé à Romans, le 15 janvier 1859, Guillaume n'employait pas moins d'une centaine d'ouvriers des deux sexes.

Famille Fénestrier

En 1895, naissance de la Société Joseph Fénestrier, qui fabrique des chaussures haut de gamme pour hommes. Joseph Fénestrier, fils de commerçant, reprend une petite fabrique située près de la gare de Romans-sur-Isère dans la Drôme. Il créera la première marque de chaussures de luxe française : « Unic ». En 1901, la technique américaine dite du « cousu Goodyear » (du nom des machines utilisées) arrive en France. Le 24 février 1916, Joseph Fénestrier meurt d'une courte maladie à l'âge de 42 ans. Il était président de la Chambre Syndicale des Fabricants de Chaussures de Romans. Sa veuve prend la direction de l'entreprise avec les collaborateurs de son mari, Mrs Veyret, Eugène Rey, Coureau, puis Saint-Cyr Vial. La « petite affaire » se développe : en 1926, Joseph Fénestrier fils possède 3 usines et 800 employés travaillent à la production de 1200 paires par jour. En 1948, il ouvre sa première boutique à Paris, au 6, rue du Faubourg Saint-Honoré.Et en 1957, il rachète Weston ! Mais beaucoup de choses changeront après la disparition de Joseph (Émile Jean) Fénestrier en 1961. En 1967, Weston sera revendue au groupe André. Et en 1978, la marque Fénestrier sera reprise par Robert Clergerie.

Famille Jourdan

A 14 ans, Charles Jourdan entre à l’usine Grenier comme apprenti, puis il entreprend le Tour de France des Compagnons en travaillant dans les principales fabriques de chaussures à Nantes, Dijon et Paris. A son retour à Romans-sur-Isère, il retrouve l’usine Grenier avec le grade de “contremaître de coupe”, le plus jeune de l’entreprise. A partir de l’année 1917, parallèlement à ses journées en usine, il démarre sa propre affaire dans un petit atelier, place Macel, avec l’aide de sa femme et de deux compagnons. En 1920, il a plus de dix ouvriers et déménage son atelier près des quais de Bourg-de-Péage. En 1922, il a 30 employés et achète un terrain, boulevard Voltaire, pour y construire son usine qui ouvrira l’année suivante. Son fils Charles a été, de 1957 à 1970, le P.D.G. de l'entreprise. Son frère a pris la succession à la tête de la société qui, depuis, a été racheté par le groupe suisse Loew.

Famille Grenier

Dès 1874, Pierre Philippe Grenier entra à la direction de l’atelier de chaussures de la rue des Clercs que son grand-père, M. Guillot, avait fondé en 1852. Sous son impulsion, cette affaire ne tarda pas à acquérir un tel développement qu’il fut nécessaire d’envisager l’agrandissement de locaux devenus trop étroits. En 1890, ceux-ci furent transférés boulevard de l’Ouest (aujourd’hui, boulevard de la Libération) et dans le même temps, M. Grenier apporta à la fabrication les procédés mécaniques les plus perfectionnés. Les résultats furent excellents. La production fut intensifiée et permit de confectionner entièrement, en moins d’une heure, une paire de souliers prête à être utilisée.

Emile Peysson

Les chaussures Veuve Henri Fière. (1912-1933). Elle se trouve rue Pierre Curie. En 1933, Monsieur Emile Peysson rachète l'usine de Madame Vve Fière et avec deux associés Messieurs Butin et Cavallero fondent la Société des chaussures "Sirius".

Famille Gailly

Son atelier de chaussures et galoches se trouvait place Jean-Jaurès. Le magasin pour la vente des chaussures était côte des Cordeliers, depuis le 20 mars 1885. En 1908, l'atelier de chaussures sera racheté par Alfred Boucharin



Les formiers

Le formier se situe au début et à la fin de la fabrication de la chaussure.
Au début pour faire la forme du pied. Elle va partir chez le patronnier, comme pour un tailleur : il se charge de faire le patron en carton. Après, c'est monté sur la forme La forme est à la base de la conception d’une chaussure. La pièce maîtresse de la fabrication de chaussures est l’instrument appelé forme.

Les fabricants de formes à Romans en 1905

Corriol, place des Terraux
Crouzière, place Ancienne Bouverie
Devise, quartier Vessette
Gaillard, rue Docq
Germain, rue Palestro
Gros, rue Montchorel
Tabarin, faubourg Clérieux
Thion, rue Guillaume

Les formiers recensés à Romans en 1906

Arlaud Louis Théodore
Arthaud "Henri" Marius
Belle Jean
Bousson Désiré
Boutonnet Pierre
Brun-Buisson Pétrus Elie
Charreyron "Émile" Frédéric
Charrière Louis Paul dit Jules
Christophe Jean
Courriol Marcelin
Descombes "Édouard" Louis Crépin
Devise "Léon" Jean Pierre
Devise Jean Baptiste "Louis"
Devise Victor "Germain"
Didier Élie
Dorey Joseph "Moïse"
Dugan Paulin "Marius"
Gaillard Camille Raphaël
Gaillard François Régis
Gaillard Louise Pauline
Gaillard Marie Madeleine
Ginaux (Ginot) "Elisé" Emile
Gros Henri Louis
Gros Louis Hilarion dit Hippolyte
Horb Bernard
Meunier Ferdinand
Michat "Louis" Philippe
Paire "Jules" Etienne
Paire Justin
Quiot Joseph "Gabriel"
Ressicot Barthélemy
Sylvestre "Henri" Jules
Thion Ubert




Sources :

 

  • https://fresques.ina.fr/rhone-alpes
  • http://www.romans-cuir.com
  • https://www.shoestyle.fr
  • https://www.usinenouvelle.com
  • http://lyceedudauphine.chez.com